Noël : mythe ou réalité?

A quelques jours de Noël, posons nous la question: mythe ou réalité?

Noël

Noël est la plus connue des fêtes chrétiennes : on y touche du doigt la bonté de Dieu qui s’épanche sur notre terre pour lui apporter réconfort et joie. Pourtant, c’est Pâques qui est au fondement de notre foi : être chrétien signifie vivre en ressuscité [1]. D’ailleurs, ce n’est qu’au IVe siècle que l’Église a institué la solennité du 25 décembre [2] : pour substituer à la fête romaine du « soleil invaincu » [3] la naissance du Christ, victoire de la vraie Lumière [4] ; ou pour renforcer le lien avec la tradition qui plaçait au 25 mars l’incarnation du Christ.

Dès lors, pourquoi la « fête de l’Emmanuel » s’est-elle imposée, au point de devenir un bien commun de l’humanité ? Le rayonnement de la « nuit des nuits » s’appuie-t-il sur un événement historique indubitable, ou revêt-il une dimension culturelle et mythique qui excède les données factuelles ?

1. Noël correspond à un fait historique, non à une date historique

La détermination de la date de naissance de Jésus a fait l’objet de nombreuses investigations. Elle demeure néanmoins incertaine et revêt une valeur hautement symbolique :

         a) au VIe siècle, le moine Denys « le petit » l’établit comme référence de l’histoire universelle. Mais les recoupements astronomiques et historiques opérés par la suite montrent qu’il s’est trompé de quelques années et que le Christ est né entre moins 6 et moins 4 « avant Jésus-Christ ».

         b) saint Jean Chrysostome développe une argumentation précise au sujet du mois de naissance à partir du message de l’Annonciation [5]:

- le 6e mois de la grossesse d’Élisabeth, auquel fait référence l’Archange Gabriel [6], correspond à l’époque où, selon le rite en usage à Jérusalem, son époux le prêtre Zacharie pénétra dans le Saint des saints du Temple [7], cérémonie qui avait lieu une fois par an, soit fin septembre.

- la conception de Jean Baptiste, le Précurseur  se rapporte à cet évènement; celle de Jésus a lieu six mois plus tard, soit en mars ; puis sa naissance logiquement en décembre.

        c) saint Hippolyte de Rome affirme avec certitude [8] la date du 25 décembre, mais pour la situer dans la continuité de la tradition juive : « Ce jour-là, fut célébrée la fête de la consécration du Temple, introduite à l’époque par Judas Macchabée [9] en 164 av. J-C, et la date de la naissance de Jésus symboliserait en même temps, qu’avec Lui, élevé comme lumière divine dans la nuit hivernale, eut vraiment lieu la consécration du Temple, avènement de Dieu sur notre terre ».

En résumé, la date de naissance du Christ est approximative. Mais la tradition chrétienne s'inscrit dans une démarche théologique : elle fête l’événement de la Nativité, non son anniversaire.

Dans cette optique, sa correspondance avec une chronologie exacte n’est qu’accessoire.

2. Noël jouit d’une aura qui outrepasse sa réalité historique

-son environnement festif nous est familier : crèche, santons, sapin décoré, symbole de l’arbre du paradis chargé de fruits, guirlandes, bougies, bonhomme de neige, spécialités culinaires, etc. De nos jours hélas, la dérive mercantile a souvent dévoyé ce contexte folklorique et en a dénaturé la portée religieuse.

-c’est le Moyen Age, saint François d’Assise notamment, qui développèrent la coutume de la crèche [10] pour exprimer la dimension chaleureuse de l’Incarnation : en rendant visible l’Amour humble et sans défense du Sauveur qui se fait aussi proche de nous que peut l’être un enfant, elle nous enseigne une nouvelle façon de vivre et d’aimer.

Certes, Noël est un événement historique. Cependant, il exprime une vérité plus profonde que ce qui est purement factuel. Il donne une représentation visuelle de réalités qui dépassent nos sens.

[1] Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi (1 Co 15, 14).La fête de la Résurrection souligne la puissance de Dieu qui vainc la mort et nous apprend à espérer un monde nouveau.

[2] Elle est célébrée aussi ce même jour par les Églises orthodoxes, mais selon leur ancien calendrier liturgique, à savoir le calendrier julien (ce qui correspond au 7 janvier grégorien et civil).

[3] Elle correspondait au solstice d’hiver à partir duquel les jours augmentent de

nouveau. On y célébrait le « festival des Saturnales » : on décorait les maisons avec de la verdure et des lumières, on faisait des cadeaux aux enfants et aux pauvres, etc.

[4] Cf. Malachie 3,19 et Luc 1,78.

[5] Homélie sur la fête de la Nativité de N.S.J-C (en 386 à Antioche).

[6] Lc 1, 26 et 36.

[7] Cf. Lc 1, 8-9. Zacharie officie pendant la fête des Tabernacles.

[8] Père de l’Église, martyr, grand théologien du IIIe siècle. Cf. en 204, ses Commentaires sur le livre de Daniel. Citation de J. Ratzinger : méditation de Noël sur « l’âne et le bœuf à la

crèche ».

[9] Après sa campagne victorieuse contre Lysias, il fit procéder à la purification du Temple de Jérusalem qui avait été profané par les païens, réparer le sanctuaire et inaugurer un nouvel

autel : cf. 1 M 4, 36-59.

[10] On a souvent fait de la messe de Noël qu’il organisa en 1223 à Greccio, en Ombrie,

la première crèche.