4ème émission: Vêtir celui qui est nu, visiter les prisonniers

Penchons-nous ce mois-ci sur deux œuvres de miséricorde corporelles qui concernent deux types de pauvreté : ne pas avoir de quoi se vêtir et être privé de liberté.

Jubilé de la Miséricorde

Vêtir celui qui est nu ne revient pas seulement à protéger son corps des intempéries mais aussi à l’aider à conserver sa dignité. Le vêtement qui permet à tout homme, à toute femme, de se présenter dignement devant les autres, traduit souvent aussi une forme d’élégance chrétienne intérieure.

Vêtir celui qui est nu ne revient pas seulement à protéger son corps des intempéries mais aussi à l’aider à conserver sa dignité.(...)
Chacun de nous est fils ou fille de Dieu, et cette dignité personnelle doit être reconnaissable dans notre façon de nous habiller.

Quand on médite la Passion du Seigneur, on perçoit combien le Christ a souffert des injustices des hommes. Personne, absolument personne, hormis sa Mère et quelques autres, n’a eu pour lui le moindre geste de miséricorde à l’heure de sa Crucifixion, au moment même où ses vêtements lui ont été arrachés par des soldats qui les ont tirés au sort. Aussi, Jésus savait-il que même ce geste de miséricorde lui serait refusé quand il nous invita à vêtir celui qui est nu. La nudité du Christ en Croix est l’image du manque de miséricorde de la part des hommes et des femmes, de notre manque d’amour, de la froideur engendrée par nos offenses et notre égoïsme.

Cela dit, nous pouvons désormais rattraper, d’une certaine façon, auprès de nos frères les hommes, ce que nos ancêtres n’ont pas fait au Golgotha.

En effet, y compris dans les sociétés opulentes, beaucoup de gens manquent de ressources pour se procurer un vêtement digne, voire pour s’habiller tout simplement.

Ce Jubilé est l’occasion pour nous «d’ouvrir les yeux sur les misères de ce monde» et de découvrir aussi ces personnes démunies autour de nous. Nous avons la possibilité de promouvoir des institutions caritatives ou d’y collaborer d’une façon ou d’une autre, en offrant notre temps, notre argent, afin de procurer des vêtements dignes à ceux qui en ont besoin.

En même temps, dans une société où la pression de la mode peut faire de nous des esclaves, on pourrait trouver l’occasion de consacrer un peu d’argent à des œuvres de charité, en refusant de céder au caprice de l’achat de vêtements et en soignant mieux ceux que l’on possède déjà.

Il y aurait lieu aussi de s’attacher à donner l’exemple d’un port extérieur simple et digne.

Cette œuvre de miséricorde, — dans la charité, respectueusement et patiemment —, tient aussi à aider ceux qui, dépourvus de tout idéal ou de formation, méprisent leur dignité personnelle dans leur façon de s’habiller.

Veiller à ce que certaines modes, de mauvais goût ou d’un goût douteux, ne soient pas suivies est une tâche très importante dans l’éducation des enfants, et de toute personne, auprès de ses ami(e)s.

Chacun de nous est fils ou fille de Dieu, et cette dignité personnelle doit être reconnaissable dans notre façon de nous habiller. Attachons-nous à montrer que les vêtements couvrent un corps qui, informé par l’âme spirituelle, — d’où son importance— est voué à la résurrection glorieuse.

Par ailleurs, rendre visite aux détenus est aussi une œuvre de miséricorde manifeste. Tournons-nous de nouveau vers le Christ : le Seigneur de la Terre fut détenu la nuit qui précéda sa crucifixion. Ce furent des heures amères pour Jésus ! Il fut privé de liberté, emprisonné, en attendant d’être jugé et injustement, iniquement, condamné.

Et ô paradoxe, agissant avec une entière liberté, ce Prisonnier, — avec un grand P, méprisé de tous — nous délivrait ainsi du péché et ne dédaignait pas de nous servir de la sorte, Lui, le Fils de Dieu, le frère de tout homme et de toute femme.

le Seigneur de la Terre fut détenu la nuit qui précéda sa crucifixion (...) ce Prisonnier, — avec un grand P, méprisé de tous — nous délivrait ainsi du péché

Qui est privé de sa liberté a besoin d’être réconforté par l’espérance. Aussi, à de nombreuses reprises, les papes, y compris le pape François, sont-ils allés chez les détenus pour les encourager, les inviter à profiter de cette période de leur vie pour se tourner vers Dieu. «Quand Jésus arrive dans notre vie, —a dit le pape François dans une prison de Bolivie—, on n’est plus enchaîné par le passé, on commence à regarder autrement le présent, avec un autre espoir. On commence à regarder d’un autre œil sa propre personne, sa réalité personnelle. On n’est plus ancré dans ce qui s’est passé, mais en mesure de pleurer et d’y trouver la force de recommencer».

Visiter les détenus, les aider dans leur réinsertion sociale, revient à servir ceux qui ont été écartés de la société. C’est un beau travail que sont en mesure de réaliser ceux qui œuvrent dans ce sens ou qui y collaborent. Et ce, tout spécialement, s’il s’agit de s’occuper des détenus pour des motifs religieux, comme c’est le cas si fréquemment aujourd’hui.

Pensons aussi à ceux qui sont reclus non pas dans des prisons en béton, mais derrière des barreaux de tout type : ceux que dressent l’alcool, la pornographie, la drogue ou tout autre vice, pour enchaîner l’âme et la plonger dans l’abîme.

Dieu ne laisse jamais tomber qui que ce soit, qu’il n’abandonne aucun de ses enfants. Il offre à tous de nouvelles chances, et ce, toujours et jusqu’au dernier moment de la vie.

Faisons en sorte que toutes ces personnes bénéficient de notre proximité, de notre compréhension, de nos conseils, et par dessus tout, de notre prière. Rappelons-leur que Dieu ne laisse jamais tomber qui que ce soit, qu’il n’abandonne aucun de ses enfants.

Il offre à tous de nouvelles chances, et ce, toujours et jusqu’au dernier moment de la vie.

Saint Josémaria s’est souvent rendu à la Prison Modèle de Madrid durant les années trente du siècle dernier. Il y retrouvait quelques jeunes qu’il entourait spirituellement et qui n’étaient détenus que pour des motifs politiques. Revêtu de sa soutane à une période où les prêtres étaient agressés, il les aidait à prier, les encourageait à profiter de leur temps en étudiant des langues étrangères ou en révisant le catéchisme. Il leur proposa même d’exercer la charité en les encourageant à jouer au foot avec des détenus aux idées opposées, voire antichrétiennes, dans le respect mutuel que créent les liens d’amitié tissés par la pratique d’un sport en commun.

Saint Josémaria savait bien que les prisons, physiques ou morales, peuvent être aussi des lieux de rencontre avec le Christ, des lieux propices à une conversion profonde. Aussi, recommandait-il aux fidèles de la Prélature de veiller à cette tâche avec un sens chrétien de la fraternité. En effet, si les chrétiens portent en ces lieux le baume de la miséricorde de Dieu, beaucoup de détenus seront à même d’éprouver une vraie délivrance, en prenant conscience d’être fils de Dieu et, de ce fait, aimés inconditionnellement et protégés aussi par la Sainte Vierge, Notre Mère.