5ème émission: Accueillir l’étranger

Seigneur, pourquoi nous invites-tu à accueillir l’étranger ? Que veux-tu donc nous apprendre ? Le Prélat de l'Opus Dei développe une réponse à partir de l'exemple de la Sainte Famille et conclut par la dévotion avec laquelle nous recevons le Seigneur dans la communion eucharistique.

Jubilé de la Miséricorde

J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. Ces propos de Jésus-Christ évoquent chez ses auditeurs les dangers qui guettaient alors les voyageurs à tous les tournants : voleurs, bêtes sauvages, tempêtes, entre autres. Quand Jésus est venu en ce monde, Marie et Joseph ont connu eux aussi le désarroi des pèlerins. Les portes de Bethléem se sont refermées sur eux, une à une. Seule une étable accueillit notre Dieu nouveau-né. Ensuite, la Sainte Famille, poursuivie par le roi Hérode, prit la route de l’exil dans un pays étranger, et dans leur empressement, ils n’emportèrent presque rien.

Le Saint Père évoque «la prédication de Jésus qui nous présente les œuvres de miséricorde pour que nous nous demandions si nous vivons ou non comme ses disciples”. Demandons à Dieu dans notre prière : Seigneur, pourquoi nous invites-tu à accueillir l’étranger ? Que veux-tu donc nous apprendre ?

si nous regardons le douloureux périple de ces familles avec indifférence « c’est que nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle ».

Accueillir l’étranger c’est héberger l’inconnu, faire une place dans notre monde stable et rassurant à celui qui a besoin d’aide ; c’est offrir une protection à celui qui se sent menacé, en faisant fi de nos aises, en partageant avec lui notre bien-être, en perdant, de ce fait, un peu de notre tranquillité personnelle. Et le tout, avec une joie extérieure et intérieure.

Cela fait des mois que nous souffrons, tous les jours, à la vue de ces milliers de personnes qui épuisent leurs vies à chercher une existence plus digne dans un autre pays, voire dans un autre continent. Ce n’est pas nouveau. Ceci dit, les inégalités sociales et les guerres ont atteint un niveau tel que ni la mer ni aucune autre limite naturelle n’ont pu retenir plus longtemps ce flux migratoire.

Ce n’est donc plus une figure du passé puisque ce voyageur est de plus en plus présent dans les rues de nos villes.

Le pape dit bien que si nous regardons le douloureux périple de ces familles avec indifférence « c’est que nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle ».

Des sociétés qui se sont développées pendant des siècles dans le giron du christianisme, font désormais face à ce défi gigantesque. Aussi, oserai-je dire que nous ne serons en mesure d’accueillir ceux qui sont forcés d’émigrer que si nous exerçons tous au quotidien la charité du Christ.

Ils ont été souvent consolés en leur pays d’origine par la miséricorde de ces missionnaires, ces religieux, ces religieuses et de ces personnes de bonne foi que nous remercions de tout notre cœur. Et c’est cette miséricorde-là qui doit inspirer désormais la créativité de bien des gens.

nous ne serons en mesure d’accueillir ceux qui sont forcés d’émigrer que si nous exerçons tous au quotidien la charité du Christ.

Il faut envisager différents projets pour partager avec tous un bien-être indispensable, des postes de travail, des foyers, une éducation, etc. Bien entendu, il ne s’agit pas seulement d’un problème financier, mais essentiellement moral. En effet, quand un frère crie justice, le chrétien se doit de lui répondre dans la charité.

le Christ cherche toujours des amis qui l’accueillent en la personne des émigrants, des déplacés.

L’Évangile nous montre que le Seigneur jouissait de l’hospitalité de ses nombreux amis lorsqu’il prêchait en Judée et en Galilée. La vie de ceux qui lui ouvraient ses portes en était transformée : Marthe, Marie, Lazare ont ainsi été l’objet de l’amitié du Rédempteur. Simon, le Pharisien, apprit ce qu’était le pardon ; Zachée se détacha de sa vie égoïste. Désormais, par les temps qui courent, le Christ cherche toujours des amis qui l’accueillent en la personne des émigrants, des déplacés.

Nous avons toi et moi la possibilité d’accueillir le Seigneur tous les jours en notre âme lorsque nous le recevons dans la Sainte Eucharistie.

Chers frères et sœurs, chers amis, quelle hospitalité réservons-nous au Rédempteur? Préparons-nous correctement notre cœur comme ces personnages de l’Évangile préparèrent leur foyer avant l’arrivée du Maître ? Quels égards avons-nous pour notre Hôte Divin ?

Parler de l’Eucharistie ne nous écarte nullement du sujet de la miséricorde puisque seul un cœur qui sait accueillir le Christ et qui s’efforce de l’aimer chaque jour davantage, est en mesure d’accueillir le frère qui a besoin d’aide, de travail, ou tout simplement d’une attention particulière.

Si nous soignons notre Communion, le Seigneur nous rendra plus généreux, plus sensibles à la souffrance d’autrui, plus prêts à mettre nos moyens matériels, notre temps, nos possibilités, au service de ceux qui manquent de toutes ces attentions.

Saint Josémaria connut aussi l’épreuve de celui qui est obligé de fuir et de chercher un toit. La persécution religieuse qui sévit en Espagne en 1936 l’obligea à se cacher, à Madrid,durant de longues périodes, dans des mansardes, des pièces exiguës, des lieux étranges. Quand il estimait que les personnes qui l’avaient accueilli n’allaient pas le dénoncer, il leur révélait sa condition de prêtre et, sans craindre de mettre sa vie en danger, il leur offrait la participation aux sacrements, la Confession, l’Eucharistie, qui étaient une vrai consolation pour eux, par des temps si difficiles. Ainsi, au milieu de la haine et de la peur inhérentes au conflit, le Christ se frayait encore une fois un passage dans le cœur de ces gens-là.

Avant la fin de notre entretien, demandons à la Sainte Vierge, à Saint Joseph, pèlerins à Bethléem et émigrants en Egypte, de nous apprendre à ouvrir la porte de notre vie au Christ qui réclame notre générosité en la personne de ceux qui ont besoin d’être accueillis.

Xavier Echevarria