Marie, une Française à Abidjan, se souvient de Don Alvaro

Marie est professeur de français en Côte d’Ivoire depuis 1981. Membre célibataire de l’Opus Dei, elle est partie en Afrique pour témoigner de sa foi et contribuer par son travail au développement de ce pays. Elle a connu Don Alvaro, le premier successeur de saint Josémaria, qui va être béatifié le 27 septembre à Madrid.

Témoignages
Opus Dei - Marie, une Française à Abidjan, se souvient de Don Alvaro

Nous lui avons demandé de nous raconter des moments particuliers qui lui ont permis de mieux connaitre don Alvaro.

  • Marie, la première fois que vous avez vu don Alvaro c’était en 1966 à Paris. Ce moment est-il encore présent dans votre mémoire ?

Ce moment est resté profondément gravé dans ma mémoire, mais plutôt parce que ce fut également la première fois que je rencontrai Saint Josémaria : ils avaient tous deux passé un mois près de Paris, où ils venaient pratiquement tous les jours, et saint Josémaria souhaitait, avant de rentrer à Rome, rencontrer toutes les personnes de l’Opus Dei résidant en France. Cette rencontre fut une réunion informelle un dimanche après-midi, dans la salle de séjour de Rouvray, une résidence universitaire, où une trentaine de personnes étaient réunies. Pour moi, à cette occasion comme à toutes celles qui ont suivi jusqu’en 1975, la présence de Don Alvaro était discrète et bienveillante: en retrait, il suivait constamment des yeux saint Josémaria, attentif à tous ses gestes et buvant ses paroles.

  • Entre 1973 et 1975, vous avez habité à Rome. Quels souvenirs gardez- vous de cette période ?

C’étaient les dernières années de saint Josémaria, ce qu’évidemment nous ignorions. Là, bien plus que lors de la réunion évoquée plus haut, s’est confirmée l’impression évoquée : Don Alvaro était constamment à côté de saint Josémaria, au second plan, silencieux, et généralement souriant.

Quand, au cours d’une réunion de famille, il devenait sérieux, c’était lorsque le sujet abordé affectait saint Josémaria dont le ton devenait grave, alors que son visage reflétait la préoccupation; immédiatement l’on voyait Don Alvaro partager le souci de saint Josémaria ; au contraire, quand nous voyions une lumière s’allumer dans les yeux de Don Alvaro ou un sourire plus marqué se dessiner sur ses lèvres, c’était à la suite d’une question ou d’une intervention heureuse ou opportune de l’une de nous. Je me souviens concrètement du 28 mars 1975, noces d’or sacerdotales du fondateur ; nous avions préparé cet anniversaire avec affection et recueillement, suivant la demande de saint Josémaria lui-même, et avons eu avec une lui une brève réunion où nous le voyions très ému ; cette date coïncidant cette année-là avec le Vendredi Saint, il n’avait pas pu célébrer la Sainte Messe, chose qui lui coûtait particulièrement en raison même de l’anniversaire célébré. Et c’est précisément une des questions qui lui a été posée : comment il ressentait cette coïncidence. Nous avons compris, à l’expression de Don Alvaro, que la question avait visé juste. Ce que je voulais souligner, c’était, à l’égard de saint Josémaria, cette attention pleine de sollicitude de Don Alvaro qui devinait et partageait les peines et les joies du Fondateur de l’Œuvre.

D’autre part, quand nous avions l’occasion de le rencontrer ou de l’écouter, c’était qu’il venait de la part de saint Josémaria, c’était un désir, une demande de ce dernier qu’il transmettait. Le 30 avril 1974, mes parents, venus passer quelques jours à Rome pour me voir, ont été reçus avec moi par saint Josémaria, dans une visite très chaleureuse dont ils sont sortis très émus. L’après-midi, Don Alvaro a appelé de la part de Josémaria Escriva pour dire combien il avait été heureux de rencontrer mes parents.

Mais à partir du 26 juin 1975, date où saint Josémaria a été rappelé à Dieu, le comportement de Don Alvaro s’est modifié. D’abord, les jours qui ont suivi, nous l’avons vu très souvent, alors que ce n’était pas le cas les mois précédents, mais surtout, quand il parlait, ce n’était plus de la part de quelqu’un d’autre, c’était en son nom propre.

Lors de la première Messe qu’il a célébrée en suffrage pour l’âme de Saint Josémaria, quelques heures après son décès, on le voyait évidemment très affecté ; au moment de la collecte, lorsque le célébrant doit prononcer le nom du défunt, Don Alvaro a marqué une pause –je me demandais s’il arriverait à articuler la suite- avant d’enchaîner, et à partir de ce moment-là, sa voix a été claire et assurée, comme affermie par une force surnaturelle. Il a même voulu nous adresser quelques mots avant la Communion, de manière complètement inattendue.

Le jour suivant, juste après l’enterrement de Saint Josémaria, il nous disait que commençait une nouvelle étape, et que nous devrions être plus forts, plus fidèles.

Alors que logiquement Don Alvaro devait beaucoup souffrir de ce départ, et bien plus que nous, il ne cessait de nous faire sentir son appui et son affection : il s’est excusé d’avoir donné davantage de travail aux personnes qui s’occupent de l’entretien, parce qu’il avait fumé plus que d’habitude, et il nous a recommandé de manger, de dormir, … et de prendre des comprimés si nous n’arrivions pas à le faire. Bref, il se comportait comme un Père plein d’attentions envers ses enfants.

  • Avant de quitter la France pour la Côte d’Ivoire, en 1981, vous avez passé 8 jours à Rome. Don Alvaro était alors Prélat de l’Opus Dei. Vous avez eu plusieurs réunions avec lui. Pouvez-vous nous en parler et nous dire ce qui vous a marquée ?

C’était en septembre, à un moment où se déroulaient des démarches délicates en rapport avec le statut juridique de l’Oeuvre, raison pour laquelle Don Alvaro n’a pas pu être avec nous autant qu’il l’aurait souhaité : nous avons pu le voir les trois derniers jours. Il s’en est excusé tout de suite et a immédiatement créé autour de lui une ambiance familiale, alors que certaines ne le connaissaient que très peu, nous demandant nos noms, nous disant qu’il avait commencé à prier spécialement pour nous dès que nous lui avions manifesté notre désir de venir en Côte d’Ivoire. Il était clair qu’il y avait un certain nombre de choses qu’il voulait nous transmettre, ce qu’il faisait avec détermination et sens surnaturel, en même temps qu’il y mettait toute son affection. Avec une grande simplicité, il a même sorti plusieurs fois un papier de sa poche pour vérifier qu’il n’oubliait rien. Lors de la dernière réunion, il a voulu prendre des photos avec nous, et, au moment où nous nous placions autour de lui, il a dit à mi-voix “mis francesitas”, pour que Margot et moi nous rapprochions.

  • Don Alvaro est venu en Côte d’Ivoire en 1989 pour un voyage pastoral de 4 jours. Comment cela s’est-il déroulé ? Quels sont les traits de sa personnalité que vous avez remarqués ?

Nous avons vécu très intensément ces 4 jours, au cours desquels Don Alvaro, à un rythme soutenu, n’a pas arrêté de rencontrer toutes les personnes de l’Œuvre ainsi que leurs amis et connaissances, en petits groupes ou en réunions plus nombreuses ; il a reçu plusieurs familles de personnes de l’Œuvre, une réunion générale s’est tenue au Palais des Congrès de l’hôtel Ivoire, une autre pour les jeunesà l’Institut Goëthe, pour pouvoir accueillir le plus grand nombre possible d’étudiantes.

Don Alvaro s’est soumis au plan établi sans hésitation, et s’est plié aux coutumes ivoiriennes avec bonne humeur : à la réunion générale, on a voulu l’honorer comme les anciens en le revêtant d’un pagne traditionnel –les pagnes kita, tissés à la main, sont beaux mais très lourds- et il s’est laissé faire docilement. Nous appréciions son effort pour s’exprimer en français afin de nous faire sentir sa proximité. De naturel plutôt timide, il avait dû se faire violence pour mener des réunions très nombreuses depuis qu’il était le Prélat de l’Opus Dei ; c’est pourquoi, particulièrement au cours des réunions générales, j’étais touchée de voir comment il se mettait à la portée des personnes auxquelles il s’adressait et faisait sentir son affection, en même temps qu’il profitait de toutes les questions pour transmettre ce qu’il tenait à cœur, par exemple l’amour pour le saint Père et l’Eglise. Il se référait aussi constamment à Saint Josémaria.

Son séjour dans notre pays a constitué un grand élan dans le travail apostolique, qui s’est considérablement élargi ensuite.

  • Une petite question personnelle : le priez-vous régulièrement ? Est-il une aide dans votre vie ?

Don Alvaro a été le promoteur du début du travail apostolique de l’Opus Dei en Côte d’Ivoire. C’est lui qui, à l’occasion de la fête de Noël 1979, a écrit à tous ses enfants de prier pour la Côte d’Ivoire et pour le Zaïre (à l’époque) où il souhaitait que des personnes de l’Œuvre aillent s’implanter. C’est à lui que j’ai écrit en 1981 pour lui manifester mon désir de partir en Côte d’Ivoire. Dans la rencontre à Rome évoquée plus haut, il nous a demandé de lui écrire toutes les semaines, afin de le tenir au courant de nos premiers pas sur cette nouvelle terre, et lui-même nous a écrit au bout d’un mois une lettre que nous connaissons par cœur, à force de l’avoir lue, relue et méditée.

J’ai reçu il y a cinq ans une image avec la prière pour la dévotion privée à Don Alvaro qui contient une relique, image qui ne quitte plus mon agenda depuis lors ; je lui confie spécialement tous les problèmes de santé, j’ai toujours présent à l’esprit son sourire sur la photo de l’image : il m’aide à être bienveillante, à désirer être, à son exemple, un appui fidèle pour l’Œuvre.

  • Pouvez-vous nous dire quelques mots sur l’Opus Dei en Côte d’Ivoire ?

L’histoire de l’Opus Dei en Côte d’Ivoire est étroitement unie à Don Alvaro : après avoir suivi de très près ses débuts, il nous a spécialement encouragées à commencer rapidement une école de formation professionnelle, Yarani, qui fonctionne maintenant depuis déjà plus de vingt ans.Il s’était rendu, lors de son séjour en 1989, sur le terrain du futur Centre de Rencontres qui amaintenant une capacité d’accueil d’une soixantaine de personnes et qui reçoit continuellement des groupes en formation. Près du Centre de Rencontres existe un Centre social lié à un dispensaire, de façon à suivre les villageois des alentours au point de vue santé, hygiène, nutrition, alphabétisation, etc. Une association de familles, soucieuse de la formation intégrale des enfants, s’est organisée pour monter une école qui, partie de la Maternelle, est arrivée cette année en fin d’études primaires avec 100% de réussite. D’autres réalisations ont vu le jour, une école de Management pour chefs d’entreprises, l’Université des Lagunes démarrant avec la faculté de Droit, toutes visant à l’amélioration de la formation.

De manière plus générale, je pourrais dire que les Ivoiriens sont extrêmement réceptifs, accueillants et désireux de se perfectionner : il semble donc facile de les y aider, mais ici comme partout, l’enthousiasme des débuts ne suffit pas, il faut savoir s’investir réellement et persévérer dans les efforts entrepris. Il est de toute façon très encourageant de constater que l’Eglise en Côte d’Ivoire est jeune et très dynamique, et que l’Opus Dei est très heureux de collaborer à son développement.

Pour poursuivre et approfondir votre connaissance de Monseigneur Alvaro, nous vous proposons de lire l’ouvrage de Javier Médina publié aux éditions du Laurier, "Alvaro del Portillo, un homme fidèle"

Javier Médina, prêtre, est diplomé de philosophie et docteur en sciences. Il a bien connu Alvaro del Portillo et il trace son portrait à partir de nombreux témoignages.