L'Avent

Comme on contemple un lever de soleil ou une nuit étoilée, ce temps de l'Avent nous prépare à la venue du Sauveur, Jésus, Lumière du monde.

Avent
Opus Dei - L'Avent

Le temps de l'Avent

Jésus, lumière de nos cœurs

« Comme les Rois Mages, en Galilée, suivaient des yeux l'étoile du Berger… »., Pas plus que l'auteur de la chanson, les astrophysiciens ne sont parvenus à découvrir la nature de ce phénomène cosmique avéré qui coïncide avec la naissance du Sauveur.

Dans son livre sur « l'Enfance de Jésus», Benoît XVI fait le point sur les diverses hypothèses avancées à ce sujet au cours des siècles passés[1]. Néanmoins, quoiqu'annoncé, notamment par la prophétie de Balaam[2], cet avènement demeure mystérieux. Vraisemblablement, il le sera toujours car il appartient aux « préambules de la foi », comme les miracles, la sainteté de l'Église, etc.,[3] autant de motifs de crédibilité qui ont pour but d'ouvrir l'intelligence des hommes au sens de la transcendance, sans affecter pour autant leur liberté d'y adhérer. Qu'est-ce donc que cette « étoile » ? « Une vertu invisible qui se cache sous une forme extérieure » [4] : autre façon de parler du Christ comme de la Lumière du monde [5]. C'est ce que soulignent les quatre évangélistes en commençant leur récit par la célébration du Christ Lumière : pour Matthieu, c'est l'étoile qui met en route les Mages [6] ; l'astre d'en haut qui vient nous visiter [7] pour Luc ; chez Marc, les cieux qui se déchirent[8] ; dans le Prologue de Jean, la lumière véritable qui éclaire tout homme [9].

Marcher dans sa lumière

« J'unirai la lumière à la couleur de votre humanité » confie le Seigneur à la jeune Catherine de Sienne. Mais sait-on ce qu'est la lumière ? Non. Elle est là. On ne la voit pas. En elle néanmoins, on voit tout le reste. De même Jésus caché dans l'eucharistie, « vivant, mystérieux, si près de moi ». Son humilité lumineuse révèle les ombres de notre cœur, le jardin secret de notre âme aux murs invisibles, aux fantaisies colorées où « je » est le centre, ce « petit dieu » qui s'absorbe dans la contemplation de lui-même… On raconte qu'une paroissienne élégante pria le curé d'Ars : « On m'a tant vanté votre clairvoyance, et j'ai tant besoin de me connaître... » ! Il l'arrêta sur le champ : « Si vous en connaissiez seulement la moitié, vous ne pourriez plus vous supporter » ! Non seulement le péché nous illusionne à notre propre sujet, mais encore il nous isole de Dieu et de sa magnanimité. Après sa trahison à l'Éden, Adam se cache sous le couvert de la végétation ; il résiste à l'appel de son Dieu qui se promène dans le jardin à la brise du jour [10] : il a peur de sortir à la lumière de la vérité. Effectivement, une lumière crue nous découvrirait jusqu'aux racines de nos complaisances ? Ce serait cruel.

Alors, dans la Douce nuit de Noël, le Sauveur la tamise : il ne donne pas seulement la lumière, il se donne lui-même avec elle. Voilà qui change tout, du tout au tout ! Car désormais, c'est à la crèche, c'est à l'Emmanuel – Dieu avec nous – que l'étoile nous conduit.

Avec cette lumière, rejoindre le juste chemin

L'Avent, en quatre semaines, reprend le cheminement des Mages, de lumière en lumière, jusqu'à Bethléem. C'est un temps de conversion, une occasion de nous « tourner vers » Jésus, lumière pour éclairer les Nations[11].Arrêtons-nous à cette expression. Elle vient, chez Isaïe, des deux premiers « chants du Serviteur » [12], Serviteur souffrant dont la mission ‒ porter la lumière de Dieu au monde ‒ s'accomplit dans l'obscurité de la Croix. En effet, il sera crucifié hors de la porte de la Cité sainte [13], tout comme il est né hors de la porte de la cité de David. « Cela doit nous faire réfléchir, et nous renvoie au renversement de valeurs qu'il y a dans la figure de Jésus, dans son message » [14]: pour entrer dans la vérité de la lumière sur son propre être, un chrétien doit se déposséder de ses critères mondains de comportement : préjugés culturels, respect humain, culte des apparences, compromissions indignes… Car «celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable ». Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on confesse la mondanité du démon »[15].

Il n'y a donc pas de conversion authentique sans confession sincère : exercice laborieux, certes, mais combien salutaire ! Il libère notre liberté de ses dépendances. Ascèse exigeante, assurément, mais si prometteuse ! Elle nous donne d'écouter ces mots réconfortants qui tombent des lèvres du Sauveur : « Moi, je te pardonne » !

Abbé Patrick Pégourier



[1] Flammarion 2012, Chap. 4 : L'étoile.

[2] Nb 24, 17.

[3] Cf. CEC 156.

[4] Saint Jean Chrysostome, In Matth. hom. VI, 2.

[5] Cf. Cantique de Siméon, Lc 2, 32.

[6] Mt, 2, 2.

[7] Cantique de Zacharie Lc 1, 78.

[8] 1, 11 : scène du baptême de Jésus.

[9] 1, 9.

[10] Gn 3, 8.

[11] Lc 2, 32.

[12] Cf. 42, 6 et 49, 6.

[13] Cf. He 13, 12.

[14] Benoît XVI, op. cit. p. 98.

[15] Pape François, 14/03/2013. La citation est de Léon Bloy.