Thème 5 - La Très Sainte Trinité

C’est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Les chrétiens sont baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Résumé de la foi chrétienne
Opus Dei - Thème 5 - La Très Sainte Trinité La Sainte Trinité, par Hendrik van Balen (Anvers)

5.

La Très Sainte Trinité

  • La révélation du Dieu Un et Trine

« Le mystère central de la foi et de la vie chrétienne est le mystère de la Sainte Trinité. Les chrétiens sont baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Compendium, 44). Toute la vie de Jésus est révélation du Dieu Un et Trine : lors de l’Annonciation, à l’occasion de sa naissance ou de son recouvrement au Temple alors qu’il avait douze ans, au moment de sa mort et de sa résurrection, Jésus se révèle en tant que Fils de Dieu d’une nouvelle façon par rapport à la filiation connue par Israël. Au début de sa vie publique, en outre, au moment même de son baptême, le Père lui-même atteste au monde que le Christ est le Fils Bien-Aimé (cf. Mt 3, 13-17, et parallèles.) tandis que l’Esprit Saint descend sur lui à la manière d’une colombe. À cette première révélation explicite de la Trinité correspond la manifestation parallèle lors de la Transfiguration, qui prélude au mystère pascal (cf. Mt 17, 1-5.). Finalement, prenant congé de ses disciples, Jésus les envoie baptiser au nom des trois Personnes divines, afin que soit communiquée au monde entier la vie éternelle du Père, du Fils et du Saint-Esprit (cf. Mt 28, 19).

Dans l’Ancien Testament, Dieu avait révélé son unicité et son amour pour le peuple élu : Yhwh était comme un Père. Mais après avoir parlé souvent par les prophètes, Dieu a parlé par son Fils (cf. He 1, 1-2), révélant que non seulement Yhwh est comme un Père, mais qu’il est Père (cf. Compendium, 46). Jésus, dans sa prière, s’adresse à lui en employant le terme araméen abba, utilisé par les enfants israélites pour s’adresser à leur propre père (cf. Mc 14, 36). Il distingue toujours sa filiation [à Dieu] de celle de ses disciples. Cela a tant choqué ses contemporains que l’on peut dire que la véritable raison de la crucifixion a été le fait de s’affirmer Fils de Dieu au sens exclusif. Il s’agit d’une révélation définitive et immédiate[1], parce que Dieu se révèle avec sa Parole : nous ne pouvons attendre une autre révélation, car le Christ est Dieu (cf. p. ex. Jn 20,17) qui se donne à nous, nous insérant dans la vie qui émane du sein de son Père.

Dans le Christ, Dieu ouvre et livre son intimité, en elle-même inaccessible aux seules forces de l’homme[2]. Cette même révélation est un acte d’amour, parce que le Dieu personnel de l’Ancien Testament ouvre librement son cœur et le Fils Unique du Père vient à notre rencontre, pour ne faire qu’un avec nous et nous emmener avec Lui au Père (cf. Jn 1, 18). Cela, la philosophie ne pouvait pas le deviner parce que la foi seule, radicalement, en donne la connaissance.

  • Dieu dans sa vie intime

Dieu ne possède pas seulement une vie intime, il est – il s’identifie avec – sa vie intime, une vie caractérisée par d’éternelles relations vitales de connaissance et d’amour, qui nous amènent à exprimer le mystère de la divinité en termes de processions.

De fait, les noms révélés des trois Personnes divines exigent que l’on pense à Dieu comme la procession éternelle du Fils à partir du Père dans la relation mutuelle – également éternelle – de l’Amour qui « procède du Père » (Jn 15, 26) et « reprend » du Fils (Jn 16, 14), et qui est l’Esprit Saint. La Révélation nous parle ainsi de deux processions en Dieu : la génération du Verbe (cf. Jn 17, 6) et la procession de l’Esprit Saint. Avec la caractéristique particulière qu’il s’agit de relations immanentes, parce qu’elles sont en Dieu, ou mieux, elles sont Dieu lui-même en tant que Dieu est Personnel. Lorsque nous parlons de procession, nous pensons normalement à quelque chose qui sort d’une autre, impliquant un changement et un mouvement. Du fait que l’homme a été créé à l’image et ressemblance du Dieu Un et Trine (cf. Gn 1, 26-27), la meilleure analogie des processions divines que nous pouvons établir est celle de l’esprit humain, dans lequel la connaissance que nous avons de nous-mêmes ne sort pas à l’extérieur : le concept que nous nous faisons de nous-mêmes est distinct de nous mais pas extérieur à nous-mêmes. On peut parler semblablement de l’amour que nous avons pour nous-mêmes. De manière analogue, en Dieu le Fils procède du Père en tant que son Image, comme le concept est image de la réalité connue. Cependant, cette Image, en Dieu, est si parfaite qu’elle est Dieu lui-même, dans toute son infinitude, son éternité, sa toute-puissance. Le Fils est une seule chose avec le Père, le même sujet, l’unique et indivise nature divine, tout en étant une autre Personne. Le symbole de Nicée-Constantinople exprime cela avec la formule « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du Vrai Dieu ». Le fait est que le Père engendre le Fils en se donnant à lui, en lui faisant don de Sa substance et de Sa nature, et cela non pas en partie, comme dans la génération humaine, mais parfaitement et infiniment.

On peut dire de même de l’Esprit Saint, qui procède en tant qu’Amour du Père et du Fils. Il procède des deux car il est le Don éternel et incréé que le Père fait au Fils en l’engendrant et que le Fils rend au Père comme réponse à Son amour. Ce Don est un don de soi-même, parce que le Père engendre le Fils en lui communiquant totalement et parfaitement son propre être par son Esprit. La troisième Personne est donc l’Amour mutuel du Père et du Fils[3]. Le nom donné à cette seconde procession est spiration. En reprenant l’analogie de la connaissance et de l’amour, on peut dire que l’Esprit Saint procède comme la volonté qui se meut vers le bien connu.

Ces deux processions sont qualifiées d’immanentes et elles sont radicalement différentes de l’action créatrice dont l’effet est extérieur à Dieu. En tant que processions, elles rendent compte de la distinction existant en Dieu ; en tant qu’immanentes elles respectent son unité. Ainsi, le mystère du Dieu Un et Trine ne saurait être réduit à une unité sans distinctions, comme si les trois Personnes n’étaient que trois masques ; ni à trois êtres sans une parfaite unité, comme s’il s’agissait de trois dieux distincts agissant ensemble.

Les deux processions sont le fondement des relations qui, en Dieu, s'identifient aux personnes divines : être Père, être Fils et être Esprit, spiré par le Père et le Fils. De fait, tout comme il n’est pas possible d’être père et fils de la même personne dans le même sens, il n’est pas non plus possible d’être à la fois la Personne procédant par spiration et les deux Personnes dont celle-ci procède. Il convient ici de faire remarquer que, dans le monde créé, les relations sont des accidents, dans le sens qu’elles ne s’identifient pas avec l’être, quoiqu’elles le caractérisent au plus intime, comme dans le cas de la filiation. En Dieu, étant donné que dans les processions est donnée toute la substance divine, les relations sont éternelles et s’identifient avec la substance elle-même. Ces trois relations éternelles ne font pas que caractériser les Personnes divines : elles sont ces Personnes, étant donné que penser au Père c’est aussi penser au Fils ; et penser à l’Esprit Saint veut dire penser à ceux par rapport à qui il est Esprit. Ainsi les Personnes divines sont trois Sujets, mais un unique Dieu. Non pas comme dans le cas de trois hommes qui ont part à la même nature humaine sans l’épuiser. Les trois Personnes sont chacune toute la Divinité, s’identifiant à l’unique Nature de Dieu[4] : Les Personnes sont l’Une dans l’Autre. C’est pourquoi Jésus dit à Philippe que celui qui l’a vu, Lui, a vu le Père (cf. Jn 14, 6), parce que Lui et le Père sont Un (cf. Jn 10, 30 et 17, 21). Cette dynamique qu’en théologie on appelle périchorèse ou circumincessio (deux termes, l’un grec, l’autre latin, faisant référence à un mouvement dynamique dans lequel l’un prend la place de l’autre comme dans une danse en cercle) aide à se rendre compte que le mystère du Dieu Un et Trine est le mystère de l’amour : « Il est Lui-même éternellement échange d’amour : Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à y avoir part » (Catéchisme, 221).

  • Notre vie en Dieu

Dieu étant une éternelle communication d’amour, il est compréhensible que cet Amour déborde au-dehors de Lui-même. Tout l’agir de Dieu dans l’histoire est l’œuvre conjointe des trois Personnes, étant donné qu’elles ne se distinguent qu’à l’intérieur de Dieu. Nonobstant, chacune imprime dansles actions divines sa caractéristique personnelle[5]. Avec une image, on pourrait dire que l’action divine est toujours unique, comme le don que nous pourrions recevoir d’une famille amie est le fruit d’un seul acte. Mais pour qui connaît les personnes qui forment cette famille, il est possible de reconnaître la main ou l’intervention de chacune à travers la trace personnelle laissée par elles dans le cadeau unique.

Cette reconnaissance est possible parce que nous avons connu les Personnes divines dans leur distinction personnelle moyennant les missions, lorsque le Père a envoyé le Fils et l’Esprit Saint dans l’histoire (cf. Jn 3, 16-17 et 14, 26) pour qu’ils se rendent présents parmi les hommes : « Ce sont surtout les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit qui manifestent les propriétés des personnes divines » (Catéchisme, 258). Ils sont comme les deux mains du Père[6] qui embrassent les hommes de tout temps pour les attirer dans le sein du Père. Si Dieu est présent en tout être en tant que principe de ce qui existe, avec les missions le Fils et l’Esprit Saint se rendent présents d’une nouvelle manière[7]. La croix du Christ elle-même manifeste à l’homme de tous les temps le don éternel que Dieu fait de Lui-même, révélant dans sa mort l’intime dynamique de l’Amour qui unit les trois Personnes divines.

Ceci signifie que le sens ultime de la réalité, ce que tout homme désire, ce qui a été cherché par les philosophes et par les religions de tous les temps est le mystère du Père qui engendre éternellement le Fils dans l’Amour qui est l’Esprit Saint. Dans la Trinité, on rencontre ainsi le modèle originaire de la famille humaine[8] et sa vie intime est l’aspiration véritable de tout amour humain. Dieu veut que tous les hommes soient une seule famille, c’est-à-dire une seule chose avec Lui par le fait d’être fils dans le Fils. Chaque personne a été créée à l’image et ressemblance de la Trinité (cf. Gn 1, 27), faite pour vivre en communion avec les autres hommes et, surtout, avec le Père céleste. Là se trouve le fondement ultime de la valeur de la vie de chaque personne, indépendamment de ses capacités ou de ses richesses.

Mais l’accès au Père ne peut se faire que dans le Christ, Chemin et Vie (cf. Jn 14, 6) : moyennant la grâce, les hommes peuvent arriver à être un seul Corps mystique dans la communion de l’Église. Par le chemin de la contemplation de la vie du Christ et des sacrements, nous avons accès à la vie intime de Dieu. Par le baptême, nous sommes insérés dans la dynamique d’amour de la « famille » des trois Personnes divines. C’est pourquoi, dans la vie chrétienne, il s’agit de découvrir qu’à partir de l’existence ordinaire, des multiples relations que nous établissons et de notre vie familiale, qui a eu son modèle parfait dans la Sainte Famille de Nazareth, nous pouvons arriver à Dieu: « Fréquente les trois Personnes, Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit. Et pour parvenir à la Très Sainte Trinité, passe donc par Marie »[9]. De cette façon, on peut découvrir le sens de l’histoire en tant que chemin de la trinité à la Trinité, en apprenant de la trinité de la terre (Jésus, Marie et Joseph) à élever le regard vers la Trinité du Ciel.

Giulio Maspero

Bibliographie de base

Catéchisme de l’Église catholique, 232-267.

Compendium du catéchisme de l’Église catholique, 44-49.

Lectures recommandées

S. Josémaria, Homélie Humilité, Amis de Dieu, 104-109.

J. Ratzinger, Le Dieu des chrétiens. Méditations.



[1] Cf. s. Thomas d’Aquin, In Epist. Ad Gal., c. 1, lect. 2

[2] « Dieu a laissé des traces de son être trinitaire dans la création et dans l’Ancien Testament; mais la profondeur de son Être comme Trinité sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison humaine, et même à la foi d’Israël, avant l’Incarnation du Fils de Dieu et l’envoi de l’Esprit Saint. Ce mystère a été révélé par Jésus Christ et il est à la source de tous les autres mystères » (Compendium, 45)

[3] L'Esprit Saint « est la troisième Personne de la Sainte Trinité. Il est Dieu, uni au Père et au Fils, et égal à eux. Il « procède du Père » (Jn 15,26), qui, en tant que principe sans commencement, est l’origine de toute la vie trinitaire. Il procède aussi du Fils (Filioque), par le don éternel que le Père fait de lui au Fils. Envoyé par le Père et le Fils incarné, l’Esprit Saint conduit l’Église à la connaissance de « la Vérité tout entière » (Jn 16,13) » (Compendium, 47)

[4] « L’Église exprime sa foi trinitaire en confessant un seul Dieu en trois Personnes : Père, Fils et Esprit Saint. Les trois Personnes divines sont un seul Dieu, parce que chacune d’elles est identique à la plénitude de l’unique et indivisible nature divine. Elles sont réellement distinctes entre elles par les relations qui les mettent en rapport les unes avec les autres. Le Père engendre le Fils, le Fils est engendré par le Père, le Saint-Esprit procède du Père et du Fils » (Compendium, 48)

[5] « Inséparables dans leur unique nature, les Personnes divines sont aussi inséparables dans leur action. La Trinité a une seule et même opération. Mais dans l’unique action divine, chaque Personne est présente selon le mode qui lui est propre dans la Trinité » (Compendium, 49)

[6] Cf. saint Irénée, Adversus haereses, IV, 20, 1

[7] Cf. saint Thomas d’Aquin, Summa Theologiae, I, q. 43, a. 1, c. y a. 2, ad. 3

[8] « Le «Nous» divin constitue le modèle éternel du «nous» humain, et avant tout du «nous» qui est formé de l'homme et de la femme, créés à l'image de Dieu, selon sa ressemblance » (Jean-Paul II, Lettre aux familles, 2-II-1994, 6)

[9] Saint Josémaria, Forge, 543