La Mère de la Miséricorde, en gloire

Étoile du matin, Cause de notre joie, Porte du Ciel... le parcours de la Sainte Vierge, de Nazareth au Cénacle, culmine au Ciel où elle est accueillie glorieusement. Rivée au Cœur de Dieu, son âme se dilate et embrasse le monde : « Elle a un cœur aussi large que celui de Dieu, un cœur si grand que toute la création peut entrer dans ce cœur »

Fêtes et mois de MARIE
Opus Dei - La Mère de la Miséricorde, en gloire Francesco Botticini, l'Assomption de la Sainte Vierge, 1475, National Gallery, Londres

L’assomption de la Mère de Dieu, femme éminente en amour, est un sommet de la miséricorde qui gouverne l’histoire. Choisie par le Père des miséricordes, Notre Dame a multiplié les gestes d’affection envers le Verbe fait chair et accueilli la tendresse du Sanctificateur. Ce parcours sans faille, de Nazareth au Cénacle, a culminé dans sa glorification intégrale. Benoît XVI lui demandait : «Aide-nous, Mère, Porte resplendissante du ciel, Mère de la Miséricorde, source de laquelle a jailli notre vie et notre joie, Jésus Christ» (Homélie, 15/08/2008).

« Toutes les générations me diront bienheureuse» (Luc 1, 48) : l’intuition virginale est devenue « une prophétie pour toute l’histoire de l’Église. La citation de ces paroles par l’évangéliste présuppose que la glorification de Marie existait déjà à l’époque de saint Luc » (Benoît XVI, ibidem). La gloire corporelle de Marie est la plus ancienne fête mariale ; à partir de la liturgie, cette réalité fait partie de la Tradition et de la foi. Pie XII, à la Toussaint de l’an 1950, énonça le dogme à Rome, acclamé par 600 mille fidèles, dont 600 évêques du monde entier : « L’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste » (Munificentissimus Deus). Ce privilège fut inséré dès lors dans les litanies de Lorette, implorant l’intercession de son amour royal.

Le pape en attendait de fruits copieux pour la gloire de Dieu, le salut des hommes et l’unité des chrétiens. Depuis que la Mère participe à l’héritage du Roi de Miséricorde, sa gloire anticipe la nôtre. Servante devenue Reine, elle soutient l’histoire du salut dans l’ampleur de la miséricorde éternelle. Rivée au Cœur de Dieu, son âme se dilate jusqu’à la « démesure » divine et embrasse le monde : « Elle a un cœur aussi large que celui de Dieu, un cœur si grand que toute la création peut entrer dans ce cœur » (Benoît XVI, ibidem).

Dans la bataille entre « le mystère de la piété » (1 Timothée 3, 16) et « le mystère de l’iniquité » (2 Thessaloniciens 2, 7), la Reine élevée aux cieux protège et attire vers le haut : elle stimule l’espérance orante, la foi dans les sacrements, les œuvres de miséricorde. Par sa fidélité sont terrassés les dragons agressifs (Apocalypse 12, 9). « Marie lutte avec nous dans le combat contre les forces du mal. La prière avec Marie, en particulier le Rosaire, a aussi cette dimension ‘agonistique’, une prière qui soutient dans la bataille contre le malin et ses complices » (pape François, Homélie, 15/08/2013).

Au milieu des épreuves, dans le clair-obscur de la foi, la Mère glorieuse de la Miséricorde est une guide sûre vers le bonheur. La certitude de l’appel divin « ne simplifie pas la complexité humaine ; mais elle assure à l’homme que cette complexité peut être traversée par le nerf de l’amour de Dieu, par ce câble, robuste et indestructible, qui relie notre vie sur terre à la vie définitive dans la Patrie » (saint Josémaria, Quand le Christ passe §177). Les traditions primitives parlent de l’enterrement du corps saint de Marie, après la Dormition, et de la découverte du sépulcre vide, où les fleurs remplacent la dépouille mortelle. Là-haut, Notre Dame est assise en gloire à la droite de son Fils. Un disciple de Botticelli, le Florentin Francesco Botticini (1475, National Gallery, Londres) l’a montré dans une perspective audacieuse qui relie le ciel et la terre.

Abbé Antoine Fernandez