Homélie des funérailles de Mgr Xavier Echevarria

Nous proposons l’homélie de Mgr Ocariz,vicaire auxiliaire et général de l’Opus Dei, prononcée lors de la Messe pour l’âme de Mgr Xavier Echevarria.

Du Prélat
Opus Dei - Homélie des funérailles de Mgr Xavier Echevarria

Église Saint Eugène (Rome) – jeudi 15 décembre 2016

Les mots de Jésus que nous venons d’entendre révèlent une ouverture merveilleuse de son cœur. Le Seigneur parle à son Père et à ses disciples. Les chrétiens sommes aussi appelés à parler avec Dieu et avec nos frères. L’évangélisation, l’apostolat, est d’ailleurs le fruit de notre intimité avec Dieu, comme l’a écrit Saint Josémaria : « Ton apostolat doit être un débordement de ta vie ‘en dedans’ »[1].

L’évangile de cette célébration eucharistique en suffrage pour l’évêque et Prélat de l’Opus Dei me rappelle le naturel avec lequel Mgr Xavier Echevarria essayait de nous apprendre à aimer le Christ et les autres. Il ne se passait pas un jour sans qu’il nous commente un passage de la Liturgie de la Parole ou d’autres textes de la Messe. Il le faisait bien sûr pendant les méditations ou des entretiens spirituels, mais aussi dans la simplicité de sa vie quotidienne. Il se mettait par exemple à prier et il invitait les autres à prier pour un voyage du Pape, pour la paix en Syrie, pour les victimes de catastrophes naturelles, pour les réfugiés, les personnes sans travail, et pour les malades, pour qui il eut toujours une préférence particulière, apprise aussi de SaintJosémaria. Au retour de longs voyages, il allait quelquefois à l’hôpital rendre visite à un malade, avant de revenir à la maison. Chacun avait une place dans son cœur. Il avait appris du fondateur de l’Opus Dei à « aimer le monde passionnément » parce que, « dans le monde, nous trouvons Dieu (…) dans les incident et les évènements du monde, Dieu se manifeste et se révèle à nous. »[2], comme expliquait Saint Josémaria.

Il dut relever un défi : être le successeur de deux saints : Saint Josémaria et le bienheureux Alvaro del Portillo. Il était persuadé de ne pas être à la hauteur. Mais il avait aussi la force spirituelle et le courage pour avancer, sans jamais perdre l’espérance, car il était comme ces personnes simples à qui le Seigneur a révélé le mystère de son amour (cfr. Mt. 11,29).

Il a connu tout jeune l’amour du Christ. Tout d’abord, dans le foyer familial ; puis, grâce à la grande lumière que fut sa rencontre avec saint Josémaria : il découvrit alors plus profondément la beauté de l’amour du Christ. Il se souvenait que peu de temps après sa première rencontre avec saint Josémaria, alors qu’il était en voiture avec lui et d’autres personnes, il l’entendit chanter une chanson d’amour, que saint Josémaria transposait à l’amour divin : « J’ai un amour qui me remplit de joie, etcet amour est mon rêve de chaque jour ». Il comprit qu’il s’agissait de l’Amour de Dieu pour nous, et que l’Esprit Saint infusait dans notre cœur l’amour avec lequel nous aimons Dieu et les autres. Jésus dit : « Mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11, 30) parce que le joug c’est l’amour : « C’est mon commandement que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 15,12).

La Messe est devenue le centre et la racine de la vie de Xavier Echevarria, dès qu’il fut ordonné prêtre, alors qu’il était très jeune. En effet, l’Eucharistie est « source et sommet de toute l’évangélisation »[3], comme l’enseigne le Concile Vatican II. Pendant plus de soixante ans, alors qu’il revêtait la chasuble pour célébrer les saints mystères, il savourait avec le cœur cette prière de l’Église qui rappelle la douceur du joug du Seigneur : l’immensité de sa charité et de sa miséricorde, révélée de façon sublime en Jésus, mort sur la Croix et ressuscité pour nous.

À l’exemple de saint Josémaria et selon ses enseignements, Xavier Echevarria fut un homme au grand cœur, capable aussi bien de pardonner que de demander pardon. Il aimait beaucoup le sacrement de la Réconciliation et de la Pénitence grâce auquel nous laissons Jésus entrer dans notre âme et nous faisons l’expérience de « l’entière liberté de l’amour par lequel Dieu entre dans la vie de chacun »[4], comme l’écrit le Pape François. En tant que vicaire général de la Prélature, Mgr Echevarria ne cherchait qu’à aider le bienheureux Alvaro del Portillo dans sa mission de guide de cette petite partie du Peuple de Dieu. Puis, après sa nomination par Jean-Paul II comme Prélat, sa réflexion et son désir le plus ardent étaient d’aider ceux qui étaient devenus ses filles et ses fils spirituels à chercher vraiment la sainteté que Dieu veut nous accorder ; à irradier l’amour de Dieu autour de nous, spécialement par la sanctification du travail et des activités courantes de la vie ordinaire : en famille, avec les amis, dans la société. De fait, il est parti au Ciel en priant pour la fidélité de tous.

Je pense que nous trouvons le secret de tout cela dans l’Évangile que nous venons d’entendre. C’est la prière, la foi en la présence amoureuse de Dieu qui fait de nous des enfants de Dieu dans le Christ, par l’Esprit Saint : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché ces choses aux sages et aux savants, et de les avoir révélées aux tout-petits » (Mt 11, 25). En effet, la sainteté n’est rien d’autre que la plénitude de la charité en nous : faire fructifier les talents que Dieu nous donne, sortir de nous-mêmes pour aller vers les autres ; la participation à la vie du Christ, c’est-à-dire la croissance de la filiation adoptive dans le Fils unique et éternel du Père. On pourrait dire que la ferveur de l’attente de la révélation des enfants de Dieu, dont parle saint Paul dans la Lettre aux Romains (cfr. Rm 8, 19) débordait dans le cœur de Mgr Echevarria.

Je tiens à remercier les cardinaux, les archevêques et les évêques, les frères dans le sacerdoce, les religieuses et les religieux, ainsi que les autorités civiles et tant d’autres fidèles qui ont bien voulu s’unir ànotre prière pour Mgr Echevarria et rendre grâce avec nous pour cette vie donnée au service des autres.

J’aimerais maintenant ajouter quelques mots, adressés spécialement aux fidèles de la Prélature. Si celui que nous avons appelé Père pendant ces vingt deux ans était ici avec nous, il nous demanderait certainement de bien profiter de ces jours pour intensifier notre amour de l’Église et du Pape, pour rester très unis entre nous et avec tous nos frères dans le Christ. Il nous répéterait ce qui était devenu un refrain sur ses lèvres, tout spécialement ces dernières années : aimez-vous beaucoup ! aimez-vous de plus en plus ! Et il n’en restait pas aux paroles. Il fallait voir comment il aimait les autres. Je me souviens par exemple que, la veille de sa mort, il m’a fait part de son inquiétude. Voyant le nombre de personnes qui s’occupaient de lui, il avait peur de gêner. La réponse m’est venue spontanément : « Non, Père, c’est plutôt vous qui nous soutenez tous ».

Chers frères et sœurs, toutes les grâces nous parviennent par la médiation de Marie. Le Père l’aimait beaucoup. Notre Dame de Guadeloupe au Mexique figure parmi les nombreux sanctuaires de la Sainte Vierge où il s’est rendu en pèlerinage avec saint Josémaria et le bienheureux Alvaro, puis comme Prélat. La Providence a voulu que le Père soit rappelé au Ciel le 12 décembre, fête de la Vierge de Guadeloupe.Ce jour-là, alors que son état empirait, un prêtre lui a demandé s’il voulait qu’on installe l’image de la Vierge de Guadeloupe en face de lui. Le Père lui a répondu que ce n’était pas la peine parce qu’il ne pourrait pas la voir. Mais il a ajouté qu’il la sentait très proche, de toutes façons. Confions notre prière pour Mgr Xavier Echevarria entre les mains de la Vierge Marie, spes nostra, notre espérance, tout en rendant grâce au Seigneur de nous avoir donné ce pasteur, bon et fidèle.



[1] Chemin, 961

[2] Entretiens, 70

[3] Concile Vatican II, Décret Presbyterorum Ordinis, n.5.

[4] François, Lettre apostolique Misericordia et Misera, n.2