Fioretti novembre 2016

Le Pape fait appel au sens de l'humour, comme une forme de sagesse, il nous demande de lutter contre la dureté de coeur, de nous savoir prisonniers du péché et prendre conscience de la miséricorde de Dieu envers tous.

Fioretti du pape François
Opus Dei - Fioretti novembre 2016

Nous ne sommes pas les gardiens d’un musée et de ses chefs-d’œuvre que nous devons épousseter tous les matins

Discours à l’Académie pontificale des sciences, le 28 novembre 2016 :

« Dans la modernité, nous avons grandi en pensant être les propriétaires et les patrons de la nature, autorisés à la piller sans aucune considération pour ses potentialités secrètes et ses lois évolutives, comme s’il s’agissait d’un matériel inerte à notre disposition, produisant entre autres une très grave perte de biodiversité. En réalité, nous ne sommes pas les gardiens d’un musée et de ses chefs-d’œuvre que nous devons épousseter tous les matins, mais les collaborateurs de la conservation et du développement de l’être et de la biodiversité de la planète, et de la vie humaine qui y est présente. La conversion écologique capable de soutenir le développement durable nécessite de manière inséparable que nous assumions pleinement notre responsabilité humaine à l’égard de la création et de ses ressources et que nous recherchions la justice sociale et le dépassement d’un système inique qui produit la misère, les inégalités et l’exclusion. »

Avoir le sens de l’humour est une grâce que je demande tous les jours

Interview à TV2000, 20 novembre 2016 :

« Avoir le sens de l’humour est une grâce que je demande tous les jours, et je fais cette prière de saint Thomas More : ‘Seigneur, donne-moi le sens de l’humour’ ; que je sache répondre à une remarque en riant… : quelle jolie prière ! L’humour apaise, te fait voir les choses provisoires de la vie et prendre les choses dans un esprit de rédemption. Cette attitude est humaine, mais elle est celle qui se rapproche le plus de la grâce de Dieu. J’ai connu un prêtre, un grand pasteur, pour en citer un – qui avait beaucoup d’humour, et il faisait beaucoup de bien avec ça, parce qu’il relativisait les choses : ‘L’Absolu est Dieu, mais ça s’arrangera, on peut… sois tranquille…’, mais sans le dire comme ça, il savait se faire entendre, avec humour. Et on disait de lui: ‘Mais cet homme sait rire des autres, de lui-même, même de sa propre ombre …’ C’est cette capacité à être … à être un enfant devant Dieu. Louer le Seigneur avec le sourire et une belle phrase d’humour… »

La cardio-sclérose est la pire des maladies de notre époque

Interview à TV2000, 20 novembre 2016 :

« Je crois que la miséricorde est le remède contre la cardio-sclérose, qui est à l’origine de la culture du rejet : ‘Mais, ceci ne sert plus ; cette personne âgée, allez, en maison de retraite ; cet enfant qui vient … non, non, allez, renvoyons-le à l’expéditeur …’, et on jette ! Allons-y, faisons la guerre … prenons cette ville… Et cette autre ville ? Larguons les bombes, qu’elles tombent partout, sur les hôpitaux, sur les écoles … tous ces gens sont à jeter n’est-ce pas? Et à l’origine de cette culture du rejet il y a la cardio-sclérose qui, je crois, est la pire des maladies de notre époque. Cette incapacité à éprouver de la tendresse, d’être proches …avoir le cœur dur … ‘je dois aller dans cette direction et le reste ne m’intéresse pas : j’y vais’. Et je ne dis pas toutes les mauvais choses que l’on fait sur le chemin pour y arriver. […]

Dieu s’est fait ’tendre’, Dieu s’est fait ‘proche’. Paul dit aux Philippiens : ‘Il s’est vidé de lui-même pour se faire plus proche, il s’est fait chair comme nous’. Quand nous parlons du Christ, n’oublions pas sa chair. Notre monde a besoin de cette tendresse qui dit à la chair de caresser la chair souffrante du Christ, non de commettre plus de souffrances ! »

Les idéologies qui enlèvent à l’Église la chair du Christ la désincarnent

À Sainte-Marthe, le 11 novembre 2016 :

« L’amour chrétien ne doit pas être théorisé, ni intellectualisé, ni idéologisé : il doit se vivre concrètement par les œuvres de miséricorde. […] Le critère de l’amour chrétien est l’incarnation du Verbe. Celui qui dit que l’amour est autre chose, c’est l’antichrist ! Un amour qui ne reconnaît pas que Jésus est venu dans la chair […] n’est pas l’amour que Dieu nous commande. C’est un amour mondain, c’est un amour philosophique, c’est un amour abstrait, c’est un amour amoindri, c’est un amour ‘soft’ ».

Le chrétien doit « aimer comme a aimé Jésus ; aimer comme nous a enseigné Jésus ; aimer à l’exemple de Jésus ; aimer en marchant sur le chemin de Jésus ».

Les idéologies sur l’amour, les idéologies sur l’Église, les idéologies qui enlèvent à l’Église la chair du Christ désincarnent l’Église ! ‘oui, je suis catholique ; oui je suis chrétien ; j’aime tout le monde d’un amour universel’… Mais c’est tellement éthéré ! […] Si nous commençons à théoriser sur l’amour […] nous arriverons à un Dieu sans Christ, à un Christ sans Église et à une Église sans peuple ».

Le Règne de Dieu n’est pas une religion du spectacle

À Sainte-Marthe, le 10 novembre 2016 :

« Le Règne de Dieu n’est pas une religion du spectacle » dont les adeptes seraient « toujours en train de chercher des choses nouvelles, des révélations, des messages : il n’est pas un ‘feu d’artifice’, qui crépite un moment puis il n’en reste rien ».

Dans la religion du spectacle, « il n’y a pas de croissance, il n’y a pas de lumière, il n’y a rien : un instant ». Ne succombons pas à la tentation « de chercher des choses étrangères à la révélation, à la douceur du Règne de Dieu qui est au milieu de nous et grandit […]. Cela n’est pas l’espérance : c’est la volonté d’avoir les choses en main. Dieu a parlé en Jésus-Christ : c’est l’ultime Parole de Dieu ».

L’argent gouverne avec le fouet de la peur

Aux participants à la 3e rencontre mondiale des mouvements populaires, le 5 novembre 2016 :

L’argent gouverne « avec le fouet de la peur, de l’inégalité, de la violence économique, sociale, culturelle et militaire qui génère toujours plus de violence dans une spirale descendante qui semble ne jamais finir ».

Le monde connaît « un terrorisme de base qui dérive du contrôle global de l’argent sur la terre et menace toute l’humanité », et qui nourrit ensuite « les terrorismes dérivés comme le narco-terrorisme, le terrorisme d’État et celui que certains appellent de façon erronée ‘terrorisme ethnique ou religieux’ ». Mais « aucun peuple, aucune religion n’est terroriste ». Le terrorisme est initié par « l’idole argent qui règne au lieu de servir, tyrannise et terrorise l’humanité ».

Contre la peur « le meilleur antidote » est la miséricorde. Beaucoup plus efficace « que les antidépressifs et les anxiolytiques, (…) que les murs, les grilles, les alarmes et les armes […] Ne nous laissons pas tromper. Affrontons la terreur avec l’amour. »

Nous sommes aussi des prisonniers sans nous en rendre compte

Jubilé des prisonniers, Basilique Vaticane, 6 novembre 2016

« D’une manière ou d’une autre, nous avons tous commis des fautes. Et par hypocrisie, on ne pense pas qu’il est possible de changer de vie: il y a peu de confiance dans la réhabilitation, dans la réinsertion dans la société. Mais de cette manière, on oublie que nous sommes tous pécheurs et que, souvent, nous sommes aussi des prisonniers sans nous en rendre compte. Lorsqu’on s’enferme dans ses propres préjugés, ou qu’on est esclave des idoles d’un faux bien-être, quand on s’emmure dans des schémas idéologiques ou qu’on absolutise les lois du marché qui écrasent les personnes, en réalité, on ne fait rien d’autre que de se mettre dans les murs étroits de la cellule de l’individualisme et de l’autosuffisance, privé de la vérité qui génère la liberté. Et montrer du doigt quelqu’un qui a commis une faute ne peut devenir un alibi pour cacher ses propres contradictions.

Nous savons, en effet, que personne devant Dieu ne peut se considérer juste (cf. Rm 2, 1-11). Mais personne ne peut vivre sans la certitude de trouver le pardon ! »