8ème émission : “Corriger celui qui se trompe ”

Mgr Xavier Echevarria réfléchit ce mois-ci sur la correction fraternelle, qui concerne tous les chrétiens. « Quand on nous fait une remarque pour notre bien, nous devons y voir une preuve de la miséricorde divine qui se sert d’instruments humains pour nous conduire sur le chemin du bien ».

Jubilé de la Miséricorde



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6. Ensevelir les morts (1.5.2016)

7. Instruire l’ignorant, donner un bon conseil à celui qui doute (1.6.2016)

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Dans l’histoire du salut, l’amour miséricordieux de Dieu vient continuellement à la rescousse de la faiblesse des hommes.

Dieu a conduit l’humanité tout au long des siècles, comme une mère, qui suit partout son petit pour lui éviter tout danger.

Chacun de nous a eu l’occasion de percevoir ce guide dans sa vie, cette main de la Providence divine qui se fait toute proche. Aussi, combien de chutes et d’erreurs sont-elles devenues une occasion de rencontrer le Seigneur sur notre route !

Corriger celui qui se trompe, énonce une œuvre de miséricorde que le Seigneur a exercée constamment, comme nous le voyons dans les récits bibliques, toutes les fois que les hommes s’acharnaient— que nous nous acharnions — à prendre le chemin du mal. L’histoire du Peuple élu est une preuve évidente de cette vigilance divine. Yahvé aurait pu les lâcher très souvent, mais —en les châtiant parfois, ou en les avertissant par l’intermédiaire des prophètes— il les ramenait toujours à Lui, en les remettant sur la voie du salut.

Avec l’incarnation du Verbe, la miséricorde de Dieu a pris un visage humain: celui de Jésus. Dieu est devenu notre frère pour nous chercher, un par un : dans nos circonstances, avec nos caractéristiques, nos petits ou nos grands moyens.

Dans l’Évangile, nous voyons que le Christ ne manque pas de reprendre, de corriger, ceux qu’il veut conduire sur le droit chemin ; non seulement les pharisiens qui rejetaient son message, mais aussi ses amis, y compris Pierre, très durement, lorsque celui-ci lui suggère d’éviter la Passion ou Marthe, gentiment, lorsqu’elle se laisse trop prendre par les tâches de la maison, à Bethanie. Le Seigneur savait adopter le ton et la manière qui convenait le mieux à chacun.

Cet exemple du Seigneur nous fait aussi penser que la correction fraternelle, exercée avec droiture et sans humilier, a toujours été d’un grand secours dans l’Église, dès les premiers temps.

Frères, écrit saint Paul aux Galates, si quelqu’un est pris en faute, vous, les spirituels, remettez-le dans le droit chemin en esprit de douceur ; mais prenez garde à vous-mêmes : vous pourriez être tentés, vous aussi ». Cet Apôtre ne fait que rappeler le conseil de Jésus: « Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère ».

Cela dit, la correction fraternelle est un devoir qui concerne tout chrétien. Lorsque quelqu’un nous reprend pour notre bien, nous devons y voir une preuve de la miséricorde divine qui se sert d’instruments humains pour nous conduire sur le droit chemin.

De prime abord, c’est peut être difficile à accepter, déplaisant. L’orgueil peut nous pousser à la révolte, aux excuses, toujours faciles à trouver. Toutefois, si onconsidère cette remarque en la présence de Dieu, on sera sincèrement reconnaissant de voir que quelqu’un s’est donné la peine de nous avertir d’une erreur que nous n’avions sans doute pas perçue.

Ne sous-estimons pas la puissance de la miséricorde car une correction fraternelle humblement acceptée, peut consolider une relation personnelle, raffermir une amitié, éviter de futures complications ou être le point de départ d’une nouvelle étape dans la vie.

Le pape Benoît XVI, - envers qui nous devons être très reconnaissants -, a largement développé cette manifestation de charité, il y a quelques années :

« En général, aujourd’hui, on est très sensible au thème des soins et de la charité à prodiguer pour le bien physique et matériel des autres, mais on ne parle pour ainsi dire pas de notre responsabilité spirituelle envers les frères ».

Et d’ajouter : « Il ne faut pas se taire face au mal. Je pense ici à l’attitude de ces chrétiens qui, par respect humain ou par simple commodité, s’adaptent à la mentalité commune au lieu de mettre en garde leurs frères contre des manières de penser et d’agir qui sont contraires à la vérité, et ne suivent pas le chemin du bien ». (cfr texte complet )

Aussi, je vous le rappelle et je me le dis à moi-même : laissons-nous guider par la charité et la prudence lorsque nous faisons la correction fraternelle, choisissons le moment opportun et la formulation la plus adéquate, afin d’éviter de blesser inutilement notre frère ou notre sœur.

Saint Paul encourageait les Galates à se corriger en toute “douceur”. Pour bien faire une correction fraternelle, il faut y réfléchir en la présence de Dieu, demander au Saint-Esprit de nous aider à trouver les paroles opportunes, en toute droiture d’intention.

Nous pourrons être tentés de croire que cet avertissement va tomber dans l’oreille d’un sourd, que la personne concernée ne va pas changer pour autant, que ses problèmes ne nous concernent pas. Or c’est faux.

En Église, nous sommes un corps uni, et les erreurs des autres doivent susciter en nous un sentiment de miséricorde et le besoin de les aider charitablement, sans pour autant nous scandaliser ni éveiller de jugement critique.

Quand on corrige quelqu’un, il faut aussi compter sur le temps. La grâce agit efficacement, mais les gens ont besoin, nous avons besoin, de temps pour arriver à changer. Rappelons-nous que, même après que le Maître l’ait averti, saint Pierre n’accepta pas que le Christ affronte la mort et il s’y opposa formellement et énergiquement. Il eut besoin de le voir enchaîné pour comprendre que ce sacrifice était la Volonté de Dieu.

Il se pourrait parfois que celui que nous avons corrigé ne change pas d’attitude, persiste dans son erreur. Prions alors pour lui car la prière est le meilleur moyen d’aider les autres. La semence de la miséricorde ainsi plantée, la prière, la patience et l’affection l’arroseront pour qu’elle germe et donne son fruit.

Considérons aussi que la pratique de la correction fraternelle est un moyen efficace de lutter contre les racontars, les commentaires ironiques qui lèsent profondément les relations familiales et sociales.

Une bonne résolution à prendre durant ce Jubilé de la Miséricorde : évitons la moindre critique de nos parents, nos amis, nos supérieurs, ceux qui dépendent de nous, nos connaissances, voire des inconnus. La tâche n’est certes pas aisée vu les nombreux heurts et les mésententes auxquels nous sommes confrontés dans la journée. Cela dit, si nous nous y employons, avec l’aide et la force de Dieu, nous deviendrons des semeurs de sérénité qui fuient la confrontation et proposent des solutions positives.

Entraidons-nous avec le baume de la miséricorde. Nul n’atteindra son bonheur s’il ne le cherche que pour lui. Ne soyons pas étrangers aux combats des autres et demandons au Seigneur la simplicité de cœur pour accepter humblement et avec reconnaissance les corrections, le cas échéant, et pour aider ceux qui ont besoin de notre secours, en les corrigeant avec affection et compréhension.