Bien vivre la semaine Sainte

La Semaine Sainte constitue l'un des sommets de la vie de l'Église, qui culmine avec Pâques. L'abbé Pégourier nous propose quelques clés pour mieux en profiter.

Semaine sainte
Opus Dei - Bien vivre la semaine Sainte L'entrée à Jérusalem

Le sommet de l’année liturgique

La Semaine Sainte est la grande semaine de l’année liturgique : elle nous achemine vers le dimanche de Pâques, la solennité des solennités de son calendrier. Elle revêt en outre une caractéristique qui la singularise : c’est une semaine à huit jours. Elle commence le dimanche des Rameaux et se termine, non pas le samedi – qui, en l’occurrence, est un jour a-liturgique, un « jour sans » -, mais le dimanche de la Résurrection. 

Celui-ci est-il un jour de plus, un jour ajouté à la semaine ? Non. C’est le premier d’une ère nouvelle : le premier jour du nouveau-né, du nouveau chef de file de notre Humanité, Jésus ressuscité. 

Le récit de la Genèse nous rapporte en effet comment notre Créateur a fait l’homme le sixième jour, puis s’est reposé le septième. De même, Jésus notre Rédempteur s’est reposé le septième jour – il s’est endormi dans les bras de la Croix et a reposé au tombeau – pour renaître dans la Gloire le premier jour de la semaine suivante.

Il s’est dépassé par amour

Pendant le Carême, l’Église encourage vivement les fidèles à consentir une conversion profonde ; aussi cette « sainte quarantaine » représente-t-elle ce que l’on a coutume d’appeler un « temps fort ». Mais, pendant la Semaine Sainte, chaque jour est un jour fort : lundi Saint, mardi Saint, mercredi Saint …, suivis du Triduum pascal, tres dies - étymologiquement « trois jours » - d’une acuité saisissante, qui désignent l’ensemble du Mystère du Seigneur crucifié, enseveli et ressuscité, selon le mot de saint Augustin. Ces trois jours constituent le pivot de l’histoire de notre monde. Ces trois jours transpirent de l’amour excessif du Seigneur pour nous, un amour au-delà du raisonnable – c’est cela le plus fort ! – 

Et nous le contemplerons éblouis :

-          le Jeudi Saint, dans l’institution de sa réalité sacramentelle : l’eucharistie ;

-          le Vendredi Saint : en prenant sur ses épaules le poids écrasant du mal et du péché, Jésus vainc le « mystère d’iniquité » par celui de la suprême justice et du pardon ;

-          le Samedi Saint, jour de l’abandon, que l’Église, après la mort de son Seigneur, expérimente à son tour, et qui souligne la grandeur du salut ;

Le Christ condamné à mort par Pilate

-          lors de la victoire de Pâques où Jésus sort du sépulcre pour faire passer l’existence perdue des hommes dans la plénitude de Dieu.

Voici que s’ouvrent pour le Roi les portes de la Ville…

Cette hymne de la liturgie des Rameaux ouvre la Grande semaine et nous invite à ouvrir les portes de nos cœurs. Spalancate le porte a Cristo! Non abbiate paura di accogliere Cristo e di accettare la Sua potestà [1].Ouvrez toutes grandes les portes au Rédempteur ! La Semaine Sainte est celle de l’holocauste de Jésus qui s’avance, humble et généreux, juché sur son ânon. Il veut s’établir à l’intime de nous-mêmes. Il nous invite à l’accompagner : Laissez-moi la douleur, toute la douleur mais vous, donnez-moi votre cœur [2]. Saint Josémaria souhaitait que ses enfants mesurent leur don personnel à l’aune du sien, et le manifestent par leur cohérence au quotidien. Ne sommes-nous pas en effet capables du meilleur comme du pire ? Il nous faut donc être constants, et faire mourir par la pénitence ce qui nous sépare du Seigneur et nous empêche de suivre ses pas jusqu’à la Croix. Portes, levez vos frontons (…) Qu’Il entre, le Roi de gloire [3] : « Celui qui demeure reclus dans la citadelle de son égoïsme ne descendra pas sur le champ de bataille. Cependant, s’il soulève les portes de force et laisse entrer le Roi de paix, il sortira avec lui pour combattre la misère qui obscurcit nos yeux et insensibilise notre conscience »[4].

Levons les yeux vers Marie. Elle se montre à nous comme le plus haut modèle de coopération à l’œuvre du salut : son « oui » lors de l’Annonciation ne constitue pas seulement l’acceptation de la maternité proposée ; il signifie aussi et surtout son engagement au service du mystère de la Rédemption dont la Semaine Sainte est le point culminant.

[1]              Jean-Paul II.

[2]              Padre Pio.

[3]              Antienne de la distribution des Rameaux.

[4]              Quand le Christ passe, 82.