6ème émission : ensevelir les morts

Mgr Xavier Echevarria médite ce mois-ci sur la dernière œuvre de ​miséricorde corporelle: "Il est aussi important de savoir mourir que de savoir vivre, or nous pouvons être aidés dans les deux cas". Le prélat recommande le recours à l’onction des malades, grand soulagement pour le mourant.

Jubilé de la Miséricorde


Ensevelir les morts est la dernière œuvre de miséricorde corporelle. Tournons nous encore vers le Christ qui s’adresse à nous dans les Évangiles. Lors de sa Passion, la cruauté des hommes refuse le moindre geste de miséricorde à notre Seigneur, prisonnier, assoiffé, malade, nu et rejeté par son peuple.

Toutefois, nous découvrons un geste miséricordieux, plein de la miséricorde que Dieu a semée dans le cœur des hommes : un geste touchant le Corps du Christ, qui vient de mourir sur la Croix. Des mains pieuses détachent le Seigneur de la Croix, le confient à sa mère, l’enveloppent dans un linceul propre et l’ensevelissent dans un sépulcre neuf.

J’ai très souvent pensé à ce passage et je comprends parfaitement que les bras de sa Mère, dont la vie est si pure, si généreuse avec son fils et avec toutes les personnes, étaient les seuls dignes d’accueillir le corps du Christ.

En méditant cette scène, un rayon d’espérance éclaire notre cœur et nous comprenons alors que nous, les hommes, qui n’avons pas su accueillir le Sauveur à sa naissance, qui l’avons maltraité à son passage sur terre, nous avons été capables au moins de lui offrir une digne sépulture.

Saint Josémaria évoque ainsi cet épisode : « Nicodème et Joseph d’Arimathie, disciples cachés du Christ, intercèdent pour Lui du haut des postes élevés qu’ils occupent. C’est à l’heure de la solitude, de l’abandon total et du mépris, qu’ils prennent fait et cause pour Lui, audacter (Mc XV, 43)...: quel courage héroïque ! »

Et le fondateur de l’Opus Dei de poursuivre ainsi sa prière:

« Je monterai avec eux jusqu’au pied de la Croix, j’étreindrai le Corps froid, le cadavre du Christ, avec le feu de mon amour…Je le déclouerai par mes actes de réparation et mes mortifications… je L’envelopperai dans le linge neuf de ma vie limpide, et je L’enterrerai dans le roc vivant de ma poitrine, d’où personne ne pourra me L’arracher, et là, Seigneur, tu te reposeras ! Même si le monde entier t’abandonnait et te méprisait,… serviam ! je te servirai, Seigneur. »

Comme il nous l’avait conseillé, Saint Josémaria, , vivait dans les scènes de l’Évangile où il se glissait, comme s’il était un personnage de plus.

Le Christ, né pour mourir va ainsi nous sauver. Cette scène doit toucher notre cœur, car la mort fait partie de notre vie et nous aide à donner du sens au temps que nous passons en ce monde.

L’encyclique Spe Salvi évoque que seul Jésus-Christ “indique le chemin au-delà de la mort. Seul celui qui peut faire cela est un vrai maître de vie (…). Le vrai Pasteur est celui qui connaît aussi le chemin qui traverse la vallée de la mort ».

Proposer l’onction des malades ne doit être ni angoissant, ni pénible : la grâce de Dieu soutient alors l’âme de celui qui pourrait logiquement affronter l’inconnu dans l’angoisse. Laissons Dieu agir.

Mes fils, mes filles, mes amis, mes amies, il est tout aussi important de savoir mourir que de savoir vivre, or nous pouvons être aidés, dans les deux cas. Le chrétien, avec espérance et sérénité, se doit de faire face à cet instant, le concernant ou concernant les autres. Parfois on peut être tenté de ne pas parler de la mort devant un malade ou quelqu’un de très affaibli. Ceci dit, reconnaissons quand même que des propos encourageants ou consolants peuvent être une caresse pour l’âme.

Proposer l’onction des malades ne doit être ni angoissant, ni pénible : la grâce de Dieu soutient alors l’âme de celui qui pourrait logiquement affronter l’inconnu dans l’angoisse. Laissons Dieu agir. Les prêtres, nous sommes maintes et maintes fois témoins de la miséricorde du Seigneur qui soulage les mourants auxquels on administre ce sacrement. À ce moment-là, prions tous et toutes avec ces patients, parlons-leur naturellement du Ciel, soutenons-les avec notre foi, rappelons-leur qu’ils ne seront pas seuls puisque, dans la vie éternelle, c’est l’Amour infini de Dieu qui les attend.

En 1932, saint Josémaria accompagnait un mourant à l’Hôpital Général de Madrid. À l’approche de sa mort, cette personne évoquait toutes les erreurs de sa vie. Ses offenses inquiétaient son âme. Voici comment le fondateur de l’Opus Dei en parlait des années plus tard : « Il me disait, à cor et à cris, sans que je puisse l’arrêter : Je ne peux pas embrasser le Seigneur de ma bouche pourrie ! — Ne t’en fais pas, tu vas l’étreindre, l’embrasser très fort, tout de suite, au Ciel ! ». Cet homme est mort en paix, soutenu aussi par la foi de ce saint prêtre qui avait su être près de lui en cet instant de l’épreuve finale.

Ensevelir les morts est une tâche à même de raffermir la foi des vivants. Qui a connu le décès d’un proche, remerciera d’être accompagné de notre prière et entouré par notre sérénité. Le moment venu, apprenons à donner un ton surnaturel à nos condoléances afin que notre foi apporte une consolation à celui qui en a besoin. De nos jours, il se pourrait que bien des gens n'aient pas un bon ami pour leur rappeler que Dieu est un Père qui prend soin aussi de ceux qui sont partis.

De même, les chrétiens sont tenus de soigner matériellement le lieu où reposent les défunts, de nettoyer leur tombe, d’y déposer quelques fleurs.

Il ne s’agit pas seulement de raviver le souvenir des défunts et de prier pour leur âme, mais de montrer avec ces égards que nous avons un grand respect pour leur corps. Nous croyons fermement en la résurrection de la chair et le lieu où reposent les restes de ceux qui nous avons connus nous rappelle qu’ils reviendront à la vie.

Personne d’autre que Marie n’a connu la profondeur du mystère de Dieu fait homme pour nous sauver. Dans sa vie tout fut scellé de la présence de sa miséricorde faite chair

Quand on prie sur une tombe, on sait que l’amour ne s’éteint pas, qu’il est toujours vivant. La foi nous donne la certitude que la miséricorde de Dieu est en mesure de traverser, de façon mystérieuse, la barrière de la mort. Qu’il est grand le pouvoir de cette miséricorde qui nous permet, grâce à la résurrection du Christ, de porter notre affection au-delà des confins de cette vie !

Nous pensons naturellement à Marie, la Mère du Crucifié. Le Christ s’est reposé sur ses genoux quand il fut détaché de sa Croix. D’un cœur brisé, elle le choya encore plus. «Personne d’autre que Marie, a dit le pape François, n’a connu la profondeur du mystère de Dieu fait homme pour nous sauver. Dans sa vie tout fut scellé de la présence de sa miséricorde faite chair. La Mère du Crucifié Ressuscité est entrée dans le sanctuaire de la miséricorde divine parce qu’Elle prit intimement part au mystère de son amour».

Le Saint-Père nous invite ainsi à imiter la Vierge Douloureuse en notre service quotidien aux vivants et aux défunts.