12 question sur l'opus dei

Vers la fin des années 60, saint Josémaria répond aux questions que lui posent des journalistes des différents moyens de communication internationaux. Quelles sont les grandes réussites de l'Opus Dei? Qu'est-ce donc que cette "organisation désorganisée"? Comment percevez-vous l'avenir de l'Opus Dei? Voici 12 réponses sur l'Opus Dei.

L'Opus Dei

Vers la fin des années 60, saint Josémaria répond aux questions que lui posent des journalistes des différents moyens de communication internationaux. Quelles sont les grandes réussites de l'Opus Dei? Qu'est-ce donc que cette "organisation désorganisée"? Comment percevez-vous l'avenir de l'Opus Dei? Voici 12 réponses sur l'Opus Dei.

1- Comment et pourquoi avez-vous fondé l’Opus Dei ?

2- Quels sont les objectifs essentiels et la mission de l’Opus Dei?

3- Il vous est arrivé parfois de parler de la réalité de l’Opus Dei comme “d’une désorganisation organisée”. Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs le sens de cette expression ?

4- Quels ont été le développement et l’évolution de l’Opus Dei à partir de sa fondation?

5- Comment voyez-vous l’avenir de l’Opus Dei?

6- L’Opus Dei a-t-il une orientation économique ou politique?

7- Pourrait-on dire que l’Opus Dei est impliqué dans les activités ou les charges que certains de ses membres ont dans des entreprises ou des groupes d’une certaine importance?

8- Que dites-vous à ceux qui parlent des secrets de l’Opus Dei? D’aucuns pensent qu’il est organisé comme une société secrète. >

9- À quelle aune mesurez-vous la réussite ou l’échec de l’Opus Dei ?

10- Le climat des années 40-70 en Espagne a-t-il contribué à la croissance de l’Opus Dei?

11- Comment se fait-il que Dei tout individu ayant dans l’Œuvre la même liberté d’opinion dont jouit n’importe quel chrétien, d’aucuns se disent que l’Opus Dei est une organisation monolithique dans les affaires temporelles ?

12- Quelle est la place de l’Opus Dei dans l’Oecuménisme?

Questions et réponses/b>

1. Comment et pourquoi avez-vous fondé l’Opus Dei ?

— Pourquoi ? Les œuvres qui naissent de la volonté de Dieu n'ont d'autre « pourquoi » que le désir divin de les utiliser comme expression de Sa volonté de salut universel. Dès le premier instant, l’Œuvre était universelle, catholique. Elle ne naissait pas pour résoudre les problèmes concrets de l'Europe des années vingt, mais pour dire à des hommes et à des femmes de tous pays, de toutes conditions, races et langues, de tous milieux et de tous états — célibataires, gens mariés, veufs, prêtres —, qu'ils pouvaient aimer et servir Dieu sans cesser d'accomplir leur travail ordinaire, sans cesser de vivre au sein de leur famille, parmi leurs relations sociales, multiples et normales.

Comment l'Opus Dei a-t-il été fondé ? Sans aucun moyen humain. J'avais vingt-six ans, de la bonne humeur et la grâce de Dieu m'accompagnait. l’Œuvre était certes modeste ; ce n’était que l'aspiration d'un jeune prêtre, qui s'efforçait de faire ce que Dieu réclamait de lui.

Vous me demandez quels en furent les jalons principaux. Pour moi, chaque moment est fondamental dans l’Œuvre, chaque instant où, grâce à l'Opus Dei, une âme s’approche de Dieu et où un homme devient ainsi plus frère de ses frères les hommes.

Peut-être aimeriez-vous que je cite les heures cruciales. Bien que ce ne soient pas les plus importantes, je vous donnerai de mémoire quelques dates, plus ou moins approximatives. Dès les premiers mois de 1935, tout était prêt pour notre installation en France, à Paris exactement. Mais il y eut la guerre civile espagnole, suivie de la seconde guerre mondiale, et il fallut différer cette expansion. Comme il importait absolument de se développer, le délai ne fut pas long. Dès 1940, l’Œuvre s’implantait au Portugal. Coïncidant, ou presque, avec la fin des hostilités, bien que certains voyages aient eu lieu au cours des années antérieures, le travail commençait en Angleterre, en France, en Italie, aux États-Unis, au Mexique. Après quoi l'expansion suit un rythme progressif. À partir de 1949 et 1950, nous commençons en Allemagne, en Hollande, en Suisse, en Argentine, au Canada, au Venezuela et dans d'autres pays européens et américains. En même temps, l’Œuvre s'étend à d'autres continents: Afrique du Nord, Japon, Kenya et autres pays de l'Est africain, Australie, Philippines, Nigéria, etc.

J'aime aussi évoquer plus spécialement, comme dates capitales, les multiples occasions où l'affection des souverains pontifes s'est manifestée d'une manière tangible à l'égard de notre Œuvre. J'habite Rome en permanence depuis 1946, et j’ai eu ainsi l'occasion de rencontrer Pie XII, Jean XXIII et Paul VI. Tous trois m'ont toujours réservé un accueil empreint d'affection paternelle.

2. Quels sont les objectifs essentiels et la mission de l’Opus Dei?

El Opus Dei pretende ayudar a las personas que viven en el mundo —al hombre corriente, al hombre de la calle—, a llevar una vida plenamente cristiana, sin modificar su modo normal de vida, ni su trabajo ordinario, ni sus ilusiones y afanes.

Por eso, en frase que escribí hace ya muchos años, se puede decir que el Opus Dei es viejo como el Evangelio y como el Evangelio nuevo. Es recordar a los cristianos las palabras maravillosas que se leen en el Génesis: que Dios creó al hombre para que trabajara. Nos hemos fijado en el ejemplo de Cristo, que se pasó la casi totalidad de su vida terrena trabajando como un artesano en una aldea. El trabajo no es sólo uno de los más altos de los valores humanos y medio con el que los hombres deben contribuir al progreso de la sociedad: es también camino de santificación.

Si se quiere buscar alguna comparación, la manera más fácil de entender el Opus Dei es pensar en la vida de los primeros cristianos. Ellos vivían a fondo su vocación cristiana; buscaban seriamente la perfección a la que estaban llamados por el hecho, sencillo y sublime del Bautismo. No se distinguían exteriormente de los demás ciudadanos. Los fieles del Opus Dei son personas comunes; desarrollan un trabajo corriente; viven en medio del mundo como lo que son: ciudadanos cristianos que quieren responder cumplidamente a las exigencias de su fe.

Conversaciones, 24

3. Il vous est arrivé parfois de parler de la réalité de l’Opus Dei comme “d’une désorganisation organisée”. Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs le sens de cette expression ?

— Je veux dire par là que nous attachons une importance première et essentielle à la spontanéité apostolique de la personne, à sa libre initiative et à sa responsabilité, guidées par l'action de l'Esprit ; et non pas aux structures d'organisation, aux mandats, aux stratégies et aux plans imposés du sommet où siège le gouvernement.

Il y a, évidemment, un minimum d'organisation, avec un gouvernement central, qui agit toujours collégialement et dont le siège est à Rome, et des gouvernements régionaux, collégiaux eux aussi, et dont chacun est présidé par un vicaire. Mais toute l'activité de ces organes vise essentiellement un objectif : apporter aux membres l'aide spirituelle que réclame leur vie de piété, et une formation spirituelle adéquate, doctrinale, religieuse et humaine. Après quoi, à vous de jouer! Autrement dit: chrétiens, sanctifiez tous les chemins que parcourent les hommes, pour qu’ils gardent le parfum du passage de Dieu.

Lorsqu'elle atteint cette limite, ce moment-là, la Prélature en tant que telle accompli sa tâche— celle qui rassemble précisément les membres de l'Opus Dei —, elle n'a plus rien à faire, elle ne peut ni ne doit plus rien faire. Pas une indication de plus. Alors commence l'action personnelle, libre et responsable, de chaque membre. Chacun, avec une spontanéité apostolique, œuvrant en toute liberté personnelle et se formant une conscience autonome face aux décisions concrètes qu'il doit prendre, essaie d'atteindre la perfection chrétienne et de témoigner chrétiennement dans son propre milieu, en sanctifiant son travail professionnel, intellectuel ou manuel. Naturellement, comme chacun prend ses décisions en toute autonomie dans sa vie au cœur du monde, parmi les réalités temporelles où il évolue, on trouve fréquemment des options, des avis et des activités diverses. Cela aboutit, en un mot, à cette désorganisation bénie, à ce pluralisme juste et nécessaire, qui est une caractéristique essentielle du bon esprit de l'Opus Dei et qui m'a toujours paru la seule manière correcte et ordonnée de concevoir l'apostolat des laïcs.

Je dirai plus: cette désorganisation organisée apparaît jusque dans les œuvres mêmes, apostoliques, collectives, que l'Opus Dei réalise, dans le désir de contribuer également, en tant qu'association, à résoudre chrétiennement des problèmes qui affectent les communautés humaines dans les divers pays. Ces activités et initiatives de la Prélature ont toujours un caractère directement apostolique. Il s’agit, en effet, d’œuvres d'éducation, d’assistance et de bienfaisance. Mais, comme il est précisément dans notre esprit de stimuler les initiatives à la base, et comme les circonstances, les nécessités et les possibilités de chaque nation ou groupe social sont particulières, et d'ordinaire différentes entre elles, le gouvernement central de l’Œuvre laisse aux gouvernements régionaux — qui jouissent d'une autonomie pratiquement totale — le soin de décider, de promouvoir et d'organiser les activités apostoliques concrètes qu'ils jugent opportunes: un centre universitaire ou une résidence d'étudiants, un dispensaire ou une école familiale d’agriculture. Résultat logique: nous jouissons d’une mosaïque multicolore d'activités, une mosaïque organiquement désorganisée.

Conversaciones, 19

4. Quels ont été le développement et l’évolution de l’Opus Dei à partir de sa fondation?

— Dès le départ, le seul objectif de l'Opus Dei a été celui que je viens de vous indiquer: faire en sorte qu'il y ait, au cœur du monde, des hommes et des femmes de toutes races et de toutes conditions sociales, qui s'efforcent d'aimer et de servir Dieu et leurs semblables dans et par le travail ordinaire. Dès le début de l’Œuvre, en 1928, j'ai prêché que la sainteté n'est pas réservée à des privilégiés, mais que tous les chemins de la terre peuvent être divins : tous les états civils, toutes les professions, toutes les tâches honnêtes. Les implications de ce message sont nombreuses et l'expérience, au cours de la vie de l’Œuvre, m'a permis de les connaître de plus en plus profondément et avec toujours plus de nuances. L’Œuvre, modeste à sa naissance, s'est raffermie normalement, d'une manière graduelle et progressive, comme grandit tout organisme vivant, tout ce qui se développe dans l'histoire.

Mais son objectif et sa raison d'être n'ont pas changé et ne changeront pas, quelque transformation que puisse subir la société, le message de l'Opus Dei étant que l'on peut se sanctifier dans n’importe quel travail honnête, quelles que soient les circonstances où on l'accomplit.

Aujourd'hui font partie de l'Œuvre des gens de toutes professions: non seulement des médecins, des avocats, des ingénieurs et des artistes, mais encore des maçons, des mineurs, des paysans ; et de n'importe quel métier: depuis les metteurs en scène de cinéma et les pilotes d'avion à réaction jusqu'aux spécialistes de la haute coiffure. Pour les membres de l'Opus Dei, se mettre au goût du jour, comprendre le monde moderne, est une chose naturelle et instinctive, étant donné qu'ils vivent aux côtés des autres citoyens et qu'avec ces autres citoyens et au même titre qu'eux ils créent ce monde et contribuent à sa modernité.

L'esprit de notre Œuvre étant ce qu’il est, nous nous sommes réjouis, vous le comprendrez, d'entendre le Concile déclarer solennellement que l'Église ne rejette ni le monde où elle vit, ni son progrès, ni son développement, mais qu'elle le comprend et qu'elle l'aime. Qui plus est, une caractéristique essentielle de la spiritualité dans laquelle s'efforcent de vivre — depuis près de quarante ans — les membres de l'Œuvre, est de se savoir, à la fois, partie intégrante de l'Église et partie intégrante de l’État, chacun assumant donc pleinement, et en toute liberté, sa responsabilité individuelle de chrétien et de citoyen.

Conversaciones, 26

5. Comment voyez-vous l’avenir de l’Opus Dei?

— L'Opus Dei est très jeune encore. Trente-neuf ans pour une institution, c'est à peine un départ. Notre tâche est de collaborer avec tous les chrétiens à la grande mission de témoigner de l'Évangile du Christ ; et aussi de rappeler que cette bonne nouvelle peut vivifier toute situation humaine. La tâche qui nous attend est immense. C'est une mer sans rivages, car tant qu'il y aura des hommes sur terre, si profondément que changent les formes techniques de la production, il y aura toujours un travail que les hommes pourront offrir à Dieu, qu'ils pourront sanctifier. Avec la grâce de Dieu, l’Œuvre entend leur enseigner à mettre ce travail au service des hommes de toutes conditions, races et religions. En servant ainsi les hommes, ils serviront Dieu.

Conversaciones, 57

6. L’Opus Dei a-t-il une orientation économique ou politique?

— L'Opus Dei n'a aucune orientation économique ou politique, ni en Espagne ni ailleurs. Certes, s'inspirant de la doctrine du Christ, ses membres défendent, en toute occasion, la liberté personnelle et le droit que tous les hommes ont de vivre et de travailler, d'être soignés en cas de maladie et durant leur vieillesse, de fonder un foyer, de mettre des enfants au monde, de les élever selon les dons de chacun, et d'être dignement traités en tant qu'êtres humains et que citoyens.

Mais l’Œuvre ne propose à ses membres aucune voie concrète, ni économique, ni politique, ni culturelle. Chacun a la pleine liberté de penser et d'agir comme bon lui semble dans ces domaines. Pour ce qui est d'ordre temporel, les membres de l’Œuvre sont on ne peut plus libres ; l'Opus Dei accueille des gens de toutes les tendances politiques, culturelles, sociales et économiques que la conscience chrétienne peut admettre.

Quant à moi, je ne parle jamais de politique. Ma mission en tant que prêtre est exclusivement spirituelle. Du reste, si jamais je venais à exprimer une opinion d'ordre temporel, les membres n'auraient aucune obligation de l'adopter.

Les dirigeants de l’Œuvre ne peuvent, en aucun cas, imposer un critère politique ou professionnel aux autres membres. S'il arrivait qu'un membre de l'Opus Dei essayât de le faire ou de se servir des autres membres à des fins humaines, il serait expulsé sans ménagements, car les autres s’insurgeraient légitimement.

Je n'ai jamais demandé et ni ne demanderai jamais à aucun membre de l’Œuvre à quel parti politique il appartient ou quelle doctrine politique il professe : ce serait, à mes yeux, porter atteinte à sa liberté légitime. Et les dirigeants de l'Opus Dei agissent de la sorte partout dans le monde.

Je sais, néanmoins, que parmi les membres de l’Œuvre — en Espagne comme dans tout autre pays — il y a, en fait, une grande variété d'opinions et je n'y trouve rien à redire. Je les respecte toutes, comme je respecterai toujours toute option temporelle que pourrait avoir un homme s'efforçant d'agir conformément à sa conscience.

Ce pluralisme n’est pas un problème pour l’Œuvre. Au contraire, c'est une manifestation de bon esprit, qui fait ressortir la liberté légitime de chacun.

Conversaciones, 48

7. Pourrait-on dire que l’Opus Dei est impliqué dans les activités ou les charges que certains de ses membres ont dans des entreprises ou des groupes d’une certaine importance?

— En aucune façon. L'Opus Dei n'intervient jamais dans l'ordre politique ; il est absolument étranger à toute tendance, à tout groupe ou régime politique, économique, culturel ou idéologique. Ses buts — je le répète — sont exclusivement spirituels et apostoliques. Il exige simplement de ses membres qu'ils vivent en chrétiens, qu’ils s'efforcent d'ajuster leur vie à l'idéal évangélique. Il ne s'immisce par conséquent, en aucune manière, dans les questions temporelles.

Si on ne le comprend pas cela , c'est sans doute parce qu’on ne comprend pas la liberté personnelle et qu'on ne parvient pas à distinguer entre les fins uniquement spirituelles, en vue desquelles on vient à l’Œuvre, et le très vaste domaine des activités humaines — l'économie, la politique, la culture, l'art, la philosophie, etc. — où les membres de l'Opus Dei jouissent de la plus totale liberté et assument leur responsabilité personnelle.

Dès l'instant où ils adhèrent à l’Œuvre, tous savent parfaitement que leur liberté individuelle est réelle, de sorte que s'il arrivait que l'un d'entre eux fit pression sur les autres et tentât de leur imposer ses propres vues en matière politique, ou de les mettre au service d'intérêts humains, les autres s'insurgeraient et le renverraient sur-le-champ.

Le respect de la liberté de ses membres est une condition essentielle à la vie même de l'Opus Dei. Sans ce respect, personne ne viendrait vers nous. Mieux encore: si d'aventure — cela ne se produit pas, ne s'est jamais produit et, avec l'aide de Dieu, ne se produira jamais — l'Opus Dei intervenait en matière politique ou en quelque autre activité humaine, le premier adversaire de l’Œuvre ne serait autre que moi.

8. Que dites-vous à ceux qui parlent des secrets de l’Opus Dei? D’aucuns pensent qu’il est organisé comme une société secrète.

— Tout ce qui ressemble à de l’auto-satisfaction me gêne profondément. Mais puisque vous me posez cette question, force m'est de vous dire que l'Opus Dei est, me semble-t-il, une des organisations catholiques qui comptent le plus d'amis dans le monde entier. Des millions de personnes, parmi lesquelles nombre de non-catholiques et de non-chrétiens, lui sont attachés et lui viennent en aide.

Par ailleurs, l'Opus Dei est une organisation spirituelle et apostolique. Si l'on oublie ce fait fondamental — ou si l'on refuse de croire à la bonne foi des membres de l'Opus Dei qui l'affirment — il est impossible de comprendre l’Œuvre. Et devant cette impossibilité, on invente des versions compliquées et des secrets qui n'ont jamais existé.

Vous parlez d'une accusation de secret. C'est de l'histoire ancienne. Je pourrais vous exposer, point par point, l'origine de cette accusation calomnieuse. Durant de nombreuses années, une puissante organisation, que je préfère ne pas nommer — nous l'aimons et l'avons toujours aimée — s'est attachée à travestir ce qu'elle ignorait. S’entêtant à nous tenir pour des religieux, ils se demandaient : « pourquoi ne pensent-ils pas tous de la même manière » ? « pourquoi ne portent-ils pas un habit ou un signe distinctif ? » Et, contre toute logique, ils en concluaient que nous constituions une société secrète.

C’est terminé aujourd'hui, et toute personne moyennement informée sait qu'il n'y a aucun secret ; que nous ne portons pas de signe distinctif, parce que nous ne sommes pas des religieux, mais des chrétiens ordinaires ; que nous ne pensons pas tous de la même manière, parce que nous admettons le plus grand pluralisme dans tout ce qui est temporel et dans les questions théologiques laissées au domaine de la libre opinion. On a fini par mieux connaître la réalité et par surmonter une jalousie sans fondement, ce qui a mis fin à une triste situation doublée d'une opinion calomnieuse.

Il ne faut cependant pas s'étonner si, de temps à autre, les vieux mythes se réveillent, alors que nous essayons de travailler pour Dieu, en défendant la liberté personnelle de tous les hommes. Nous aurons donc toujours contre nous les sectaires — de tous bords — ennemis de cette liberté personnelle, d'autant plus agressifs qu’ils ne peuvent supporter la simple idée de religion, et s’inspirent souvent d’une pensée religieuse empreinte de fanatisme.

Néanmoins, fort heureusement, la plupart des publications ne se contentent plus de répéter ces vieilles et fausses histoires ; elles ont, pour la plupart, clairement conscience qu'être impartial, ce n'est pas diffuser des choses qui sont à mi-chemin entre la réalité et la calomnie, mais s'efforcer de refléter la vérité objective. Personnellement je pense que dire la vérité, c'est aussi une nouvelle « qui passe », spécialement lorsqu'il s'agit de renseigner sur l'activité des membres de l'Opus Dei ou des personnes qui collaborent avec celui-ci et qui tâchent, en dépit d'erreurs personnelles — j'en commets et je ne m'étonne nullement que les autres en fassent autant —,de s’investir au service de tous les hommes. Il est toujours intéressant de détruire les faux mythes. Je considère que tout journaliste a le grave devoir de se documenter correctement et de tenir son information à jour, même s’il doit parfois modifier des jugements antérieurs. Est-il donc si difficile d'admettre qu'une chose est propre, noble et bonne, sans y mêler de vieilles absurdités, tombées dans le discrédit ?

Il est pourtant bien simple de s'informer sur l'Opus Dei. Partout, il travaille en plein jour et jouit de la reconnaissance juridique des autorités civiles et ecclésiastiques. Le nom de ses dirigeants et celui de ses fondations apostoliques sont parfaitement connus. Quiconque désire des renseignements sur notre Œuvre peut les obtenir sans difficulté : il suffit de prendre contact avec ses dirigeants ou de s'adresser à l'une de nos œuvres collectives. Vous-même, vous êtes témoin que jamais aucun des dirigeants de l'Opus Dei, ou de ceux qui sont chargés de recevoir les journalistes, n'a manqué de faciliter le des informateurs, de répondre à leurs questions ou de leur fournir la documentation voulue.

Aucun des membres de l'Opus Dei ni moi-même ne prétendons que tout le monde nous comprenne ou partage notre idéal spirituel. J'aime la liberté et que chacun suive sa voie. Mais il est évident que nous avons le droit élémentaire d'être respectés.

Conversaciones, 30

9. À quelle aune mesurez-vous la réussite ou l’échec de l’Opus Dei ?

— Quand une entreprise est surnaturelle, peu importent la réussite ou l'échec, tels qu'on les entend d'ordinaire. saint Paul disait déjà aux chrétiens de Corinthe que ce qui l'intéressait, dans la vie spirituelle, ce n'était ni le jugement des autres ni notre propre jugement, mais celui de Dieu.

Certes, l’Œuvre est aujourd’hui universellement répandue: des hommes et des femmes de près de soixante-dix nationalités en font partie. Quand j'y songe, j'en suis moi-même surpris. Je n'y trouve aucune explication humaine ; je n'y vois que la volonté de Dieu, car l’Esprit souffle où Il veut, et Il se sert de qui Il veut pour réaliser la sanctification des hommes. Tout cela est pour moi un motif d'action de grâces, d'humilité, et l'occasion de prier Dieu de m'accorder de pouvoir toujours Le servir.

Vous me demandez aussi selon quel critère je mesure et juge les choses. La réponse est très simple : sainteté, fruits de sainteté.

L'apostolat le plus important de l'Opus Dei est celui que chaque membre réalise par le témoignage de sa vie et de sa parole, dans les contacts fréquents qu'il entretient avec ses amis et ses compagnons de travail. Qui peut mesurer l'efficacité surnaturelle de cet apostolat silencieux et humble ? On ne saurait évaluer l'aide que fournit l'exemple d'un ami loyal et sincère, ou l'influence d'une mère au sein de la famille.

Mais votre question porte peut-être aussi sur les apostolats collectifs de l'Opus Dei, et elle suppose que, dans ce cas, on peut mesurer les résultats d'un point de vue humain, disons technique: telle école de formation ouvrière permet-elle l’ascension sociale de ceux qui la fréquentent ? telle université donne-t-elle à ses étudiants la formation professionnelle et culturelle adéquate ? Si votre question va dans ce sens, je vous dirai que le résultat peut s'expliquer en partie, parce qu'il s'agit de travaux réalisés par des gens qui en font une tâche professionnelle spécifique, en vue de laquelle ils se préparent comme quiconque entend faire œuvre sérieuse. Cela veut dire, entre autres choses, que ces entreprises ne sont pas conçues suivant des schémas préalables. On étudie dans chaque cas les besoins particuliers de la société où ces institutions vont travailler, de manière à les adapter aux exigences réelles.

Mais, je vous le répète, l'efficacité humaine n'est pas ce qui intéresse l'Opus Dei au premier chef. La vraie réussité, ou l'échec, tient au fait qu'humainement bien accomplies, ces œuvres permettent ou non à ceux qui les réalisent comme à ceux qui en bénéficient, d'aimer Dieu, de se sentir frères de tous les autres hommes et de manifester ces sentiments par un service désintéressé à l'humanité.

Conversaciones, 31

10. Le climat des années 40-70 en Espagne a-t-il contribué à la croissance de l’Opus Dei?

— Il y a peu d'endroits où nous ayons eu moins de facilités qu'en Espagne. C'est le pays — je suis désolé d’avoir le dire, parce que j'aime profondément ma patrie — où il en a coûté le plus, en travail et en peine, pour que l’Œuvre prît racine. Elle était à peine née, qu'elle trouvait sur son chemin l'obstacle dressé par les ennemis de la liberté individuelle et par des gens si férus d'idées traditionnelles qu'ils ne parvenaient pas à comprendre la vie que menaient les membres de l'Opus Dei : citoyens ordinaires, s'efforçant de vivre pleinement leur vocation chrétienne sans quitter le monde.

Les œuvres collectives d'apostolat n'ont pas davantage rencontré, en Espagne, de facilités particulières. Des gouvernements de pays dont les citoyens ne sont pas en majorité catholiques ont aidé beaucoup plus généreusement que ne l'a fait l'Etat espagnol les centres d'enseignement et de bienfaisance fondés par les membres de l'Opus Dei. L'aide que ces gouvernements accordent ou peuvent accorder aux œuvres collectives de l'Opus Dei, comme ils l'accordent d'ordinaire à d'autres institutions du même ordre, ne constitue pas un privilège. C'est simplement la reconnaissance de l'utilité sociale qu'elles présentent et qui a pour effet de ménager les deniers publics.

L'expansion internationale de l'Opus Dei et de son esprit a trouvé un écho immédiat et un accueil favorable dans tous les pays. Si elle s'est heurtée à des difficultés, c'est en raison de faussetés qui émanaient précisément d'Espagne et qui étaient inventées par des Espagnols — par certains secteurs très précis de la société espagnole. D'abord, l'organisation internationale dont je vous ai déjà parlé ; mais il semble bien que ce soit là du passé et je n’en veux à personne. Puis, certaines gens qui ne comprennent pas le pluralisme, qui adoptent une attitude de groupe, quand ce n'est pas une mentalité bornée ou totalitaire, et qui se servent de leur qualité de catholiques pour faire de la politique. D’aucuns, je ne m'explique pas pourquoi — pour des raisons faussement humaines, peut-être — semblent éprouver un malin plaisir à s'en prendre à l'Opus Dei, et comme ils disposent de grands moyens financiers — l'argent des contribuables espagnols — leurs attaques peuvent être diffusées par une certaine presse.

Vous attendez — je m'en rends parfaitement compte — que je vous cite des noms de personnes et d’institutions. Je n'en ferai rien pourtant et j’espère que vous en comprendrez le motif. Notre mission, celle de l’Œuvre et la mienne, n'est pas politique: mon métier est de prier. Et je m'en voudrais de rien dire que l'on pût même interpréter comme une ingérence dans la politique. Je dirai mieux: il m'en coûte beaucoup de parler de ces choses. Je me suis tu pendant près de quarante ans et si le romps le silence aujourd’hui, c'est parce que je me vois forcé de dénoncer comme dénuées de tout fondement les interprétations tortueuses que certains essaient de donner d'une Œuvre qui est exclusivement spirituelle. C'est pourquoi, et bien que j'aie gardé le silence jusqu'à présent, je suis décidé à parler dorénavant, de plus en plus clairement s'il le faut.

Pour en revenir au nœud de la question, si nombre de personnes de toutes les classes sociales, en Espagne comme ailleurs, se sont efforcées de suivre le Christ avec l'aide de l’Œuvre et suivant son esprit, l'explication n'en saurait être trouvée ni dans le milieu ni dans d'autres motifs extrinsèques. La preuve en est que ceux qui prétendent le contraire avec tant de légèreté, voient fondre leurs propres groupes, alors que les circonstances extérieures ont été les mêmes pour tous. Humainement parlant, c'est peut-être aussi, parce qu’ils agissent en groupe alors que nous, nous n'ôtons à personne sa liberté individuelle.

Si l'Opus Dei est bien implanté en Espagne — comme dans quelques autres nations du reste — on peut en voir une cause secondaire dans le fait que notre travail spirituel a débuté, là-bas, il y a quarante ans et que — comme je l'expliquais tout à l'heure — la guerre civile espagnole, puis la guerre mondiale nous ont forcés de différer nos débuts dans d'autres pays. J'entends préciser néanmoins que, depuis des années, les Espagnols ne sont plus qu'une minorité dans l’Œuvre.

N'allez pas croire, j’insiste, que je n'aime pas mon pays ou que je ne me réjouisse pas profondément du travail que l’Œuvre y poursuit, mais il est désolant que des erreurs soient propagées sur l'Opus Dei et l'Espagne.

Conversaciones, 33

11. Comment se fait-il que Dei tout individu ayant dans l’Œuvre la même liberté d’opinion dont jouit n’importe quel chrétien, d’aucuns se disent que l’Opus Dei est une organisation monolithique dans les affaires temporelles ?

— Il ne semble pas que cette opinion soit réellement fort répandue. Bon nombre d'organes, parmi les plus qualifiés de la presse internationale, ont reconnu le pluralisme des membres de l’Œuvre.

Il y a, certes, des gens qui ont propagé l'opinion erronée à laquelle vous faites allusion. Il se peut que d'aucuns, pour des motifs divers, aient diffusé cette idée, tout en sachant qu'elle ne répond pas à la réalité. Je pense que, dans beaucoup d'autres cas, l'erreur est due à un manque de connaissance, causé peut-être par un défaut d'information ; on ne saurait s'étonner que des gens mal éclairés, qui n'ont pas grand intérêt à entrer personnellement en contact avec l'Opus Dei pour se renseigner convenablement, attribuent à l’Œuvre, en tant que telle, les avis discutables de quelques-uns de ses membres.

Aucune personne, moyennement informée des affaires espagnoles, n'ignore que le pluralisme parmi les membres de l’Œuvre est une réalité. Vous-même, vous pourriez sûrement en donner des témoignages multiples.

L'erreur est due aussi, peut-être, au préjugé subconscient de gens qui ont une mentalité de parti unique, dans le domaine politique ou dans l'ordre spirituel. Ceux qui nourrissent cette mentalité et veulent que tout le monde soit du même avis qu'eux, éprouvent quelque peine à croire que d'autres soient en mesure de respecter la liberté d'autrui. Ainsi, ils rejettent –ils sur l’Œuvre le caractère monolithique de leurs propres groupes.

Conversaciones, 50

12. Quelle est la place de l’Opus Dei dans l’Oecuménisme?

me pregunta usted también. Ya le conté el año pasado a un periodista francés —y sé que la anécdota ha encontrado eco, incluso en publicaciones de hermanos nuestros separados— lo que una vez comenté al Santo Padre Juan XXIII, movido por el encanto afable y paterno de su trato: "Padre Santo, en nuestra Obra siempre han encontrado todos los hombres, católicos o no, un lugar amable: no he aprendido el ecumenismo de Vuestra Santidad". El se rió emocionado, porque sabía que, ya desde 1950, la Santa Sede había autorizado al Opus Dei a recibir como asociados Cooperadores a los no católicos y aun a los no cristianos.

Son muchos, efectivamente —y no faltan entre ellos pastores y aun obispos de sus respectivas confesiones—, los hermanos separados que se sienten atraídos por el espíritu del Opus Dei y colaboran en nuestros apostolados. Y son cada vez más frecuentes —a medida que los contactos se intensifican— las manifestaciones de simpatía y de cordial entendimiento a que da lugar el hecho de que los fieles del Opus Dei centren su espiritualidad en el sencillo propósito de vivir responsablemente los compromisos y exigencias bautismales del cristiano.

El deseo de buscar la perfección cristiana y de hacer apostolado, procurando la santificación del propio trabajo profesional; el vivir inmersos en las realidades seculares, respetando su propia autonomía, pero tratándolas con espíritu y amor de almas contemplativas; la primacía que en la organización de nuestras labores concedemos a la persona, a la acción del Espíritu en las almas, al respeto de la dignidad y de la libertad que provienen de la filiación divina del cristiano; el defender, contra la concepción monolítica e institucionalista del apostolado de los laicos, la legítima capacidad de iniciativa dentro del necesario respeto al bien común: esos y otros aspectos más de nuestro modo de ser y trabajar son puntos de fácil encuentro, donde los hermanos separados descubren —hecha vida, probada por los años— una buena parte de los presupuestos doctrinales en los que ellos y nosotros, los católicos, hemos puesto tantas fundadas esperanzas ecuménicas.

Conversaciones, 22